CHAPITRE XI
Comment en serait-il autrement chez un peuple de souverains qui ne reconnaît d'autre volonté «pie la sienne, et encore en lui-même celle du moment ?
» Les classes inférieures ne visent à rien moins qu'à un nivellement complet, et pour y parvenir, elles renouvelleront sans cesse la lutte. Leur puissance maintenant leur a été révélée : elles poursui^Tont leur plan ; elles comptent encore sur les moyens que leur laisse la lép^alité ; mais si ces moyens n'assuraient pas leur succès, c'est bien à main armée qu'elles entreprendraient de l'emporter.
» Rien de moins prononcé, comme caractère, que t( mt ce qui sort de cette situation. C'est toujours demi-mal, demi-usurpation, demi-légalité, demi-injustice : c'est le triomphe du quasi. Les bases sont si fausses, tout est tellement entaché du vice originel, qu'il faut toujours dans chaque chose, qui serait bonne en elle-même, commencer ou finir par sacrifier au mauvais principe. Ah î qu'en tout il faut se garder de mal faire ! Ce mal, par un cercle vicieux, est condamné à agir et à réagir sur lui-même. >)
A travers les longues agitations qui suivirent la révolution de juillet, la chance d'un retour immédiat de M. le duc de Bordeaux se présentait à beaucoup d'esprits, et ces espérances ne pouvaient manquer d'avoir beaucoup d'échos près de M"* Swetchine. Elle ne les omet pas dans sa correspondance.
« Les grands retoui's à la vérité venus pai' ceux qui en ont été les ennemis, non-seulement aplaniraient les voies à une véritable restauration, mais seuls encore pourraient en assurer la durée. Sans eux, et dans l'état actuel des esprits et des choses, pouvez-vous imaginer ce que serait le retour de M. le duc de Bordeaux? La légitimité I. '2-2
est un |iiiiui[it' adinirahlc. mais eniiii il n\'st (jaune partie de l'ordre et ne saurait tenir s'il est isolé. Je demande à ceux qui n'écoutent que leurs passions, s'il s'agit du futile triomphe de ramener l'enfant royal, des joies de l'orgueil de l'avoir emporté, ou bien d'un règne (lui puisse rétablir, protéger la société, donner des racines à toutes les vérités utiles aux Etats et conservatrices de leur vraie prospérité ? Personne plus que moi ne conçoit les regrets qui suivent dans leur exil des princes malheureux; j'éprouve une tendre vénération pour la pieuse vertu du Roi, le respect le plus tendre et le plus dévoué pour M""' la Dauphine, et cependant tout en m'étounant de l'oubli où le plus exalté royalisme les laisse souvent, je ne crois pas que tant d'infortunes puissent être rachetées par l'enfantillage d'un succès éphémère. Je crois qu'il faut savoir attendre, laisser à Dieu l'initiative, le choix du moment que sa volonté indique souvent aux hommes par des signes non équivoques, et ce moment, certes, ne paraît pas venu. Je suis donc tout à fait de l'avis (l'Alfred de Damas contre celui de M. de ***....
» Mais venons-en, ma chère amie, à une pauvre destinée qui, après bien des fluctuations, des torts et des revers, semble aujourd'hui aux derniers confins de la détresse : il s'agit de M. de Chateaubriand. Il est bien de ceux qui, comme le disait M""' de Staël, jettent leurs amis à la mer pour avoir le plaisir de les repêcher à la ligne. Mais grâce pour le génie et les natures orageuses, parce qu'elles sont faibles et qu'elles se trouvent toujours entraînées au delà de leur volonté! M. de Chateaubriand a toujours respecté certaines limites; sa conduite dans cette circonstance, sa position coni}>lètement dénuée en font foi, et dans le siècle