CHAPITRE XIII
aNez réconcilié avec elle les àiiies que faisait reculer le culte sanguinaire par lequel on la profanait fl), >>
L'entreprise était hardie, mais favorisée par toutes les circonstances du dedans et du dehors. Le plus éloquent des apologistes chrétiens de cette époque, M. l'abbé de Lamennais, vit accourir des cœurs courageux, d'éminents esprits prompts à se ranger autour de lui en dévoués et fervents disciples.
S'efforcer de délivrer le clergé des liens, des engagements devenus si onéreux et qui deux fois en si peu de temps avaient failli devenir si funestes, essaver d'affranchir à jamais le clergé de la tentation ou de la crainte de tomber dans les bras de la fortune et du hasard, lui présenter comme unique voie de salut, pour lui-même et pour les âmes, le devoir exclusif de sa mission évangélique, tel fut le programme unanimement adopté par tous les collaborateurs de Y Avenir.
Ce rapide moment fut et demeurera l'un des plus féconds de notre siècle. La nature des questions soulevées, la grandeur des talents, la noblesse des caractères lui conquirent une influence et laissèrent un souvenir qui est encore un champ de bataille, celui où se décidera l'im des problèmes les plus importants de la destinée humaine, c'est-à-dire la délimitation exacte des rapports de l'Eglise et de IVEtat.
Dans les derniers jours de la Restauration, M. de Quélen, résidant encore près des tours de Notre-Dame, dans le palais vénérable qu'avaient habité le cardinal de
(1) Œuvres posthumes de M. de Lamennais. Correspondance, t. l»"", , 91.
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JNoailles, Christophe de Beaumout et Christian de Juigné, vit apparaître un matin dans son cabinet un jeune avocat qui avait à peine marqué sa place au barreau, et n'avait été distingué que par les yeux exercés et bienveillants de quelques-uns des fondateurs de la Société des bonnes études. MM. Bailly, Alexis de ISoailles et Berryer. M. de Quèlen s' avançant au devant du jeune homme qui s'inclinait, lui tendit affectueusement la main et lui dit :
— Soyez le bienvenu ; vous plaidiez des causes humaines, vous en plaiderez une éternelle, — Ce jeune homme était M. Lacordaire, venant demander la bénédiction de son archevêque avant d'aller s'enfermer dans une cellule de Saint-Sulpice.
n en était sorti prêtre austère et dévoué, et il offrait à l'Eglise les prémices de son apostolat, lorsque M. de Lamennais lui adressa à son tour, et dans un autre langage, l'appel de M. de Quélen.
Un jeune rejeton de l'aristocratie française, héritier avant l'âge des prérogatives de la pairie, le comte de Montalembert, Tavait suivi près de M. de Lamennais, et tous deux, d'origines si diverses, mais d'ardeur et de dévouement analogues, s'unirent sous ses auspices d'une étroite et indissoluble amitié. M. de Montalembert, admirateur du comte de Maistre, n'avait point ignoré l'existence de Mrne Swetcliine à Paris; il avait brigué l'honneur de lui être présenté. Ce fut lui qui à son tour introduisit près d'elle son ami, Tabbé Lacordaire.
On peut pressentir quels furent dans de telles circonstances et à cette date 1 "intérêt et la chaleur de leurs entretiens. Il s'agissait de questions vitales pour le christianisme, de la plus sûre manière de sauvegarder son