‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 146 sur 207 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

effectivement le but de la Providence avait été surtout de se ménager dans tous les temps des adorateurs en esprit ef en vérité, aurions-nous, au milieu de vertus si éprouvées , d'àmes si saintes , d'efforts si généreux , le droit de douter qu'aujourd'hui encore ce but soit atteint?

» J'aimais ce que vous étiez avant de vous connaître et depuis il est bien vrai que c'est par une sollicitude toute maternelle que je m'identifie à vous. Vous voilà entre votre procès et votre examen de licencié en droit : deux âges d'homme qui de%Taient être distants. Rien de tout cela n'aura grande action sur vous, ni comme succès, ni comme échec. »

A la suite de cette lettre, se placèrent les plus graves événements. L'arrivée de M. de Lamennais à Rome y causa une évidente contrariété. Grégoire XYL par clairvoyance comme Souverain Pontife, par penchant naturel, par fidélité aux traditions mêmes de la cour romaine, voulait sauver l'abbé de Lamennais, Il chercha à éluder ce que les interrogations et les instances qui lui étaient adressées avaient d'impérieux et lui lit répondre, par l'intermédiaire du cardinal Pacca, une lettre ayant pour but, tout eu précisant quelques points contestés dans la doctrine, et quelques démonstrations blâmées par le Saint- Siège, d'éviter un acte plus solennel et de conjurer une désapprobation publique. L'abbé Lacordaire, en proie aux plus douloureuses appréhensions, mais plus ému encore par son devoir envers TEglise, supplia avec les dernières instances M. de Lamennais de s'arrêter et de se retirer. Sourd à cette voix fidèle, M. de Lamennais laissa partir sans lui l'abbé Lacordaire et persista à demeurer à Rome et à exiger une réponse officielle du chef de la

chrétienté. N'ayant pu Tobtenir, il quitta Rome enfin, mais en annonçant l'intention formelle de reprendre surle-champ la publication de son journal et la propagation de ses doctrines politiques et religieuses. Cette opiniâtreté interdisait à Grégoire XVI une plus longue hésitation. Il dut chercher ce qui avait paru excessif dans V Avenir, le résumer et le signaler par l'Encyclique du 15 août 1832. Il le fît à regret et avec une mesure telle dans les termes, que peu d'années plus tard, sous le pontificat de Grégoire XVI lui-même, durant les longs combats de l'épiscopat français, de M. de Montalembert, du père Lacordaire, pour la liberté de l'enseignement, beaucoup d'évêques reprirent les principes généraux de V Avenir, tempérés par l'expérience et par une intelligence plus nette des (piestions. Si M. de Lamennais se fût montré simplement, en 1832, humble et soumis, il se fût trouvé sans rival à la tête du mouvement catholique de 1840, plus grand, plus fort et plus vénéré que jamais.

On sait <|uelle voie différente il suivit et avec quelle rapidité cette voie le conduisit à l'abîme. Nous allons entrevoir maintenant dans les lettres suivantes l'angoisse du cœur et la fermeté de foi de ses deux plus illustres compagnons.

U Avenir avait cessé d'exister ; ses rédacteurs s'étaient dispersés ; l'abbé Lacordaire mûrissait dans la retraite ses études et ses forces ; M. de Montalembert quittait la France pour l'Allemagne où l'attendaient à Marbourg les émotions pieuses qui allaient donner naissance à l'histoire de sainte Elisabeth. La correspondance de M"^ Swetchine recommence en 1833.

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