‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 15 sur 207 · CHAPITRE II. :il · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. :il

veux céder au sommeil commodément, j'ôte un de mes éperons. » Paroles souvent répétées en Russie et que M"" Swetchine devait bientôt transporter de l'héroïsme guerrier dans l'héroïsme chrétien.

Pendant que Souvarof conduisait les armées russes sous des latitudes qu elles n'avaient jamais connues, et remportait la victoire sur des adversaires peu accoutumés à la défaite, Paul se livrait, pom' son malheur et celui de la Russie, aux impétuosités de plus en plus bizarres et tyranniques de son humeur. Toute représentation lui semblait une impardonnable résistance, châtiment ou récompense étaient prodigués dans le premier mouvement d'une colère ou d'une faveur également irréfléchies. Des charges de cour, confiées d'ordinaire aux plus anciennes maisons de l'empire, étaient livrées à des subalternes tirés de sa domesticité, vis-à-vis desquels il avait de longue main secoué tout frein et toute gêne. Au mémorable assaut de Render, les Russes, poussés à bout par une opiniâtre défense, exterminèrent femmes et enfants. Un jeune Tartare toucha les vainqueurs par sa charmante figure; sa grâce enfantine détourna le coup mortel. Le prince Repnin paya sa rançon et l'ofirit en cadeau à Catherine II. Catherine, à son tour, le donna à son fils sous le nom de Koutaïsof. Paul le prit en affection, en fit son valet de chambre .favori, le confident tantôt de ses plaisirs, tantôt de ses murmures contre sa mère ; enfin parvenu au trône, il l'éleva de titre en titre jusqu'à l'héritage d'un Narishkin. Tout le monde plia devant Koutaïsof qui pliait devant Paul. Dès lors le caprice impérial ne connut plus de bornes. Un joiu", des ukases interdu'ent les pantalons et les fracs ; un autre jour, les universités

recevaient défense d'employer le mot révolution en parlant du cours des astres. Les mesures de police se multipliaient à l'infini, entraînant des vexations insupportables. TJne ordonnance, affichée dans les carrefours de la capitale, prescrivit que , l'Empereur venant à passer dans les rues, soit à pied, ce qui était fort rare, soit à cheval ou en calèche, ce qui arrivait sans cesse, chacun s'arrêtât, descendit de voiture, se découvrît, ôtât sa pelisse et se tînt incliné durant son passage. Un jeune négociant fut, pour une infraction involontaire, condamné à cinquante coups de knout, châtiment presque mortel. Une jeune femme, connue et considérée à la cour, vit, pour le même cas, son carrosse saisi par des agents de la police ; elle s'évanouit ; sa famille indignée court près de l'Empereur ; Paul prend gravement connaissance du fait, amnistie le cocher qui devait être incorporé à l'armée, exempte le carrosse et les chevaux de la confiscation, mais inflige huit jours de réclusion à la jeune femme pour avoir manqué aux bienséances, et la même correction à une tante, qui lui avait servi de mère, pour l'avoir mal élevée (1).

L'Empereur appliquait la même sévérité de discipline dans l'intérieur de sa famille. Une distra(;tion dans l'observation de l'étiquette, un baisement de main irrégulier attiraient aux grandes duchesses comme aux grands ducs plusieurs jours, et quelquefois une semaine d'arrêts. Les grands ducs étaient astreints à d'incessantes parades et manœuvres militaires. Alexandre excellait dans l'exercice au fusil, Constantin n'avait pas d'égal pom' battre le tambour (2).

(1) Mémoires de l'abbé Georgel.

(^2) Souvenirs manuscrils du général Swelchine.

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