‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 150 sur 207 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ce prélat était uaturellement placé à tous les antipodes de l'abbé Lacordaire. Son éducation s'était faite dans un milieu politique et religieux que le jeune orateur n'avait pas même effleuré. M. de Quélen n'avait que des regrets là où M. Lacordaire n'avait que des espérances. Un seul point leur était commun, la droiture et la vraie noblesse du cœur. Si M. de Quélen était naturellement porté aux préventions contre le plus brillant rédacteur de Y Avenir, il était incapable de nourrir une antipathie de mauvaise foi, de résister à un gage de sincérité et de méconnaître ou de dédaigner une force qui pouvait profiter au divin Maitre. Enfin, ce qui eût pu échapper à son propre coup d'œil ou à ses loyales intentions, il pouvait le trouver dans son estime profonde et pleine de confiance pour M""* Swetchine.

M"* Swetchine elle-même le sentit bien et sa double afi"ection envers M?"" de Quélen, comme envers M. Lacordaire, s'appliqua uniquement à les tenir toujours rapprochés l'un de l'autre. C'est se renfermer dans les plus strictes limites de la vérité, que de compter les conférences de Notre-Dame, au premier rang des services que notre pays et notre temps auront dus, dans le silence de sa modestie, à cette vraie servante de Dieu.

On ne s'étonnera donc pas que les premières lignes de l'abbé Lacordaire, qui se retrouvent dans les papiers de M"* Swetchine, soient adressées en même temps à M?r de Quélen et à elle. Les voici :

« Paris, 13 décembre 1833.

» Madame, » J'ai l'honneur de vous envoyer une copie ilc ma

nouvelle déclaration, puisque vous avez la bonté de la désirer. Au moment où se termine une affaire si grave, je sens le vif besoin de vous remercier de tous les conseils si bons et si affectueux que vous m'avez donnés, quoique je n'y eusse aucun titre. J'en conserverai le souvenir aussi longtemps que ma vie. Voilà une portion de ma carrière achevée ; j'entre dans une situation toute nouvelle, où sans doute les agitations extérieures et les chances de toute nature ne me manqueront pas, puisque c'est notre sort; mais j'ai gagné à ceci une connaissance de mes devoirs plus étendue et une paix qui ne pourra plus se perdre parce qu'elle est celle de Dieu. Yous m'êtes apparue entre ces deux portions si différentes de ma vie, comme apparaît FAnge du Seigneur à une âme qui flotte entre la vie et la mort , entre la terre et le ciel. Puis une fois dans le ciel, on ne se quitte plus.

» Je suis avec respect, Madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

» II. Lacordaire. »

A cette lettre était joint le double d'une lettre adressée à Mgr l'archevêque de Paris.

A l'issue des conférences de Stanislas, quelques mois d'incertitude planèrent sur la destinée de l'orateur. On ne pouvait plus le laisser dans une chapelle devenue trop étroite ; on considérait encore comme une imprudence de lui ouvrir une plus vaste carrière. Durant l'automne de 1834, M. Lacordaire soumis et contristé se promenait sans compagnon dans une allée du Luxembourg, lorsqu'il fut abordé par un ecclésiastique avec lequel il n'avait entretenu aucune relation antérieure. — Pourquoi demeu-

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