‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 151 sur 207 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

rez-vous ainsi dans l'oisiveté ? lui dit cet interlocuteur imprévu ; pourquoi n'allez-vous pas voir Mgr de Quélen ? — L'abbé Lacordaire répondit par un sourire et continua sa promenade solitaire. Au bout de quelques instants de réflexion il en vint à s'adresser la même question et dirigea machinalement sa marche vers le couvent de Saint- Michel où, depuis le sac de l'archevêché, Mgr de Quélen occupait une humble cellule. Il fut introduit sans difficulté et trouva l'archevêque seul. Sa matinée avait été occupée à lire un mémoire de l'abbé Liautard, curé de Fontainebleau. Ce mémoire avait circulé dans le diocèse de Paris, et contenait sur l'administration épiscopale des observations sévères. Après les préliminaires d'une conversation banale, Mgr de Quélen garda un instant le silence, puis le rompit comme par l'effet d'une résolution soudaine, et fixant sur le jeune ami de M"^ Swetchineun regard affectueux, grave et pénétrant : — Je vous donne, lui dit-il, la chaire de Notre-Dame, et dans six semaines vous prononcerez votre premier discours. — Un mouvement spontané fit reculer d'effroi l'abbé Lacordaire. L'archevêque le pressa en vain et le consentement de l'éloquent apôtre qui sentait ses forces, mais pâlissait devant sa responsabilité, ne fut obtenu qu'après deux jours de prières et de méditations.

Le premier discours de Notre-Dame assura d'un seul coup la renommée de l'abbé Lacordaire et redoubla les hostilités. Sa fierté s'en émut, sa modestie s'en alarma. Après deux stations consécutives, durant les hivers de 1835 et 1836, il renonça au plus magnifique auditoire dont notre génération put garder le souvenir et prit soudainement le parti daller rechercher encore les grands

enseignements et les magnifiques solitudes de la Ville éternelle.

L'amitié de M"* Swetchine ne lui fit pas défaut dans cette épreuve.

La première lettre d'une longue correspondance atteignit l'ahbé Lacordaire dans une petite ville de Bourgogne où il était venu fortifier et bénir les derniers moments d'un frère bien-aimé.

La seconde lettre est adressée à Rome ; M. de Lamennais avait déjà publié les Pm^oles d'un Croijant et préparait alors l'apparition du volume intitulé : les Affaires de Rome.

A MONSIEUR l'abbé LACORHAIRE .

A Rome , Via San Nicolo ; pressa al Gesu.

« Paris, 31 octobre 1836.

» Mon cher ami .

» Je ne vous ai rien dit de la nouvelle menace de M. de Lamennais , parce que j'espérais toujours que nous y échapperions. Il n'en a pas été ainsi. Rien ne peut l'arrêter ; la publication de son livre est prochaine. Toutes les idées, toutes les bases y sont attaquées ouvertement ; mais au talent près, que peut-il dire qui n'ait été dit et, dans sa bouche, le mal ne se limite-t-il pas luimême? Je ne sais si je m'abuse, mais j'espère encore, dans ma douleur , que cette tempête passera sur nos têtes sans faire trop de ravages. Le mal produit par M. de Lamennais s'adresse surtout aux vacillants et aux faibles ; il n'a trompé personne, mais il a éteint peut-être plus d'un lumignon qui luisait encore . et achevé de briser les

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