‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 152 sur 207 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

roseaux. Je viens davoir un long entretien avec M. ***, qui est bien en deçà des espérances que nous avait données son li\Te. Le vide de la place de M. de Lamennais, au milieu des hautes intelligences croyantes, lui a ôté son appui. Dans les choses de Dieu, faire dépendre sa foi et ses pensées de celles dun homme î C/est Tidolàtrie moins son excuse — Mon cher ami, mettez à profit sans en rien perdre ce temps d'utile et précieuse solitude ; plus tard vous aurez mieux, et malgré cela je suis bien sûre qu'il vous arrivera de le regretter. Vos études me paraissent excellentes. ?s"y aurait-il pas quelques livres qui vous fussent utiles ? Dites-moi toujours ce que vous voulez, ce que vous voulez le jour même, sans vous préoccuper de savoir si vous en voudrez encore le lendemain. J'aime bien être votre homme d'affaires ; cela n'exclut rien, tous les caractères se retrouvent dans la vraie affection ; c'est la multiplicité dans l'unité, comme disent mes Allemands. »

Lorsque le volume dans lequel ^L de Lamennais tentait de satisfaire ses ressentiments contre Rome eut paru, l'abbé Lacordaire, souvent nommé dans l'ouvrage, crut qu'il lui appartenait de le réfuter, non dans une polémique directe, mais par une apologie spontanée du Saint- Siège près duquel il était alors abrité. Ce volume fut avec les Paroles d'un Croyant un premier appel direct de M. de Lamennais, non plus seulement aux idées libérales, mais aux passions et aux emportements démagogiques. C'était en même temps l'époque où les blessures encore saignantes de la Pologne attiraient à la fois l'indignation et la prière vers l'empereur Nicolas, et où l'archevêque de Cologne défendait au prix de sa liberté person-

iielle la liberté de son Eglise. L'abbé Lacordaire avait donné à son apologie la forme épistolaire et l'avait intitulée : Lettre sur le Saint-Siège. On lit dans l'avant-propos : « Une des plus graves erreurs aujourd'hui répandues contre le Saint-Siège, c'est qu'il est entré dans l'alliance des gouvernements absolus, et qu'il voit avec inimitié tout pays dont les institutions essaient de rappeler les anciennes franchises de l'Europe catholique. On classe Rome dans un parti, elle qui est la mère de tous les peuples, et qui respecte toutes les formes de gouvernement qu'ils se donnent, ou que leur crée la force des choses ou du temps ; et cette fausse accusation lui attire nécessairement des haines que mérite bien peu l'antique impartialité dont elle conserve fidèlement la tradition. Il suffit d'habiter Rome avec un esprit droit et attentif pour s'apercevoir tout de suite de la sphère élevée oij elle respire et combien les nuages de la terre, qui troublent ailleurs et partagent les Eglises particulières elles-mêmes, passent loin de ses pieds (1). » Avant de livrer à la publicité le développement de ces pensées, M. l'abbé Lacordaire fit part de son dessein à son amie, en la priant de le confier à M. de Quélen et de l'interroger à ce sujet. Quoique cet opuscule, exclusivement voué à la défense du Saint- Siège fût de tous les écrits de l'abbé Lacordaire celui où il devait rencontrer le plus sûrement les sympathies de M. de Quélen, la pensée qui remplissait l'àme de M. Lacordaire et qui n'a cessé d'inspirer sa plume et sa parole était toujours la conciliation chrétienne de l'autorité et de la liberté, et dès lors les questions d'opportunité, de mesure

(1) Préface de la Letlre sur la Sainl-Siéqe, page 486.

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