‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 154 sur 207 · CHAPITRE Xlli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlli

des sentiments que vous lui exprimiez, et touclié de les retrouver en toute circonstance. J'ai lieu de croire que M. l'archevêque a donné à votre écrit toute l'attention possible, qu'il en a traité l'examen avec une véritable gravité ; il se l'est fait lire plus d'une fois, a pris des notes et rédigé une réponse. Je sais qu'il la lue à M. Affre, et le conseil du lundi intervenant, il l'a communiquée à ses membres assemblés.

» A cette occasion-là, j'ai pu m'assurer de ce que M. Afire persistait à être pour vous ; il vous porte le dévouement le plus affectueux et se prévaut de tout pour remettre en lumière et vos droits et les chances qui pourraient leur devenir favorables. Son bon intérêt à cet égard-là, rencontre des dispositions tout analogues dans M. l'archevêque qui, sans se prononcer positivement, laisse très-intelligiblement interpréter son silence. »

Le résultat des délibérations de Mgr de Quélen et de son conseil fut l'ajournement, et, on pouvait le craindre, la suppression de toute publicité de la Lettre sur le Saint- Siège. M"^ Swetchine accompagna cet arrêt de la lettre suivante : *

« 21 janvier 1837.

» Le temps et la grâce marchent plus vite

pour vous que pour les autres hommes, et l'affection désintéressée et sincère est toujours sûre d'être écoutée. Encore hier soir, avant un dernier sacrifice, j'ai relu votre manuscrit, du moins en partie. Les beautés qui m'avaient frappée à chaque fois m'ont paru encore plus remarquablement belles, et je vois les pages de cet écrit passer comme livre à la postérité. Quelle magnifique application

308 MADAiME SWETCHINK.

VOUS faites de la douleur de Priam (1)! Jamais rien n'a été si heureux. Et « ce cœur de l'homme qui ne pouvant changer éternise sur cette terre sa profonde misère ! » Et cet admirable tableau du pouvoir spirituel, de ses conditions et de ses effets ! Cent autres vues et développements m'ont paru également neufs et ingénieux : j'y reviens sans cesse par cet assentiment intérieur qui s'approprie tout ce qui lui est révélé. Mon intention, mon bien cher ami, et j'ajoute ma consolation, avait été de garder le manuscrit, car c'est encore quelque chose que de veiller sur son trésor; mais m'étant assurée que M. l'archevêque préférait qu'il lui fût remis, et ses di^oits m'apparaissant comme d'autant plus imprescriptibles que vous lui aviez donné droit de vie et de mort sur votre écrit, je suis entrée comme vous, avec vous dans la voie du sacrifice en le lui envoyant ce matin. M. Afîre s'est bien montré votre ami dans cette circonstance, votre ami d'estime, de dévouement et d'attrait. Tout en partageant certains jugements, tout en cédant sur d'autres points, et sous l'impression des changements qu'il aurait désirés, je l'ai vu convaincu qu'encore dans cet état, l'écrit n'aurait pas manqué d'avoir un excellent effet sur une por-

{i ) Parlant d'un bref adressé par le pape Grégoire XVI aux évêques polonais, M. Lacordaire dit : « A supposer même, ce que je ne crois pas, que dans l'espérance d'apaiser un prince irrité contre une portion de son troupeau, le pasteur eût excédé par les expressions, je ne me persuaderai jamais que Priam fit une action indigne de la majesté d'un roi et des entrailles d'un père quand il prit la main d'Achille en lui adressant ces sublimes paroles : Juge de la grandeur de mon malheur puisque je baise la main qui a tué mon fils! » (Lettre sur le Saint-Siège, p. 527, édition in-S».)

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