‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 155 sur 207 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tion considérable du public jeune et avide de votre parole. Nul doute que l'un des deux camps n'eût été ravi; mais il s'agit de se présenter à l'autre armé de toutes pièces, et c'est la malveillance, toujours aux aguets, qu'il faut, non pas conjurer, c'est impossible, mais contenir eu ne lui laissant aucune prise.

» M. X. m'a demandé de vous annoncer qu'une attaque nouvelle contre vous paraîtrait dans quinze jours ou trois semaines. Il a insisté et j'obéis, mais c'est avec répugnance que je vous transmets ces avertissements. Il ne faut laisser mettre entre l'idée et soi que Dieu et la conscience, élever cette idée qu'on développe au plus baut degré de rectitude possible, pour l'amour de la vérité, et sans un regard donné aux attaques de l'aversion, toujours féconde. Mon pauvre cher et aimable ami, comment se peut-il que vous fassiez naître quelqu'un de ces mouvements dans un cœur, je ne dis pas de cbrétien, mais d'homme? La contradiction a été prédite, et, à la hauteur où vous êtes placé, c'est une des prophéties qui s'appli- (juent davantage. La lettre de vous qui menace d'un long éloignement est sans doute l'objet de mes méditations. Pensez-y devant Dieu, me dites-vous ; je ne fais autre chose, et jusqu'ici pourtant vos convictions du moment n'ont rien eu pour moi de contagieux. Oui, je crois que la solitude peut vous être bonne, utile, peut-être nécessaire ; la solitude avec tout son cortège de calme, de liberté, de possession de vous-même, mais non l'isolement qui, avec toutes les barrières, ferait disparaître tous les appuis, qui vous forcerait à perdre l'habitude précielise du contact des hommes, précieuse pour ceux qui sont destinés à vivre avec eux, pour eux, et qui ôterait à votre I. 24

imagination avec tous les avertissements de la raison sévère, tous ceux de la sympathie. Dans tous les états, à toutes les régions, la parole divine : c. Il n'est pas bon que l'homme soit seul » trouve son application. Votre adorable humilité sait qu'elle peut trouver des maitres; mais quand irrévocablement vous le serez devenu à votre tour, l'âge et l'expérience s'ajoutant aux dons les plus rares, alors encore, mon cher ami, il ne vous sera pas bon de rester isolé. Quoi que vous fassiez, il vous faudra des disciples soumis îf votre influence immédiate, confiés à vous par l'autorité suprême, ou bien toute une famille de frères, et, à leur tête, un père commun à tous. Au désir ardent de votre perfection ne se joint en moi aucune forme particulière que je voulusse lui donner. Servez Dieu et faites ce que vous voulez. Monde, solitude, prédication, parole écrite, dignités dans l'Eglise, renoncement entier, etc., tout me semble convenable et offrir d'hem'euses chances, tout, hors cette retraite où, séparé de tout, je verrais le plus grand des dangers dans l'impossibilité où vous seriez encore de vous affranchir de vous-même »

« 24 janvier 1837.

» Je vois, mon cher enfant, que vous ne me

connaissez pas encore telle que je suis : vous pouvez contrister mon cœur, vous pouvez m'inquiéter par la précipitation et peut-être l'irréflexion de vos premiers mouvements, mais je ne vous inféoderai jamais à personne. Des torts, même des fautes ne me sépareraient pas de vous ! A mesure que l'on marche vers Dieu, on se confie moins dans la sagesse et l'utilité de ses vues propres et person-

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