‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 157 sur 207 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

MORT DE LA COMTESSE DE SEGUR D AGUESSEAU. — MORT DU PRINCE GAGARIN. — LETTRE DE MADAME SWETCHINE AU SUJET D'UN ORDRE RIGOUREUX DE l'EMPEREUR NICOLAS. — DERNIER VOYAGE DE MADAME SWETCHINE EN RUSSIE. — BÉNÉDICTION DE SA CHAPELLE — SA PIÉTÉ. — SA CHARITK.

« Après la grâce, ce qui donne le plus d'efficacité aux paroles pieuses, c'est la sainteté de celui qui les profère. »

Cette pensée de M"'" Swetchine doit lui être appliquée comme tant d'autres où assurément elle ne songeait pas h elle-même. On vient de voir quel langage elle savait tenir à ses amis. Les moindres actes de sa vie leur parlaient avec la même éloquence, et c'est ce qu'il importe de constater, pour que le double bienfait de sou enseignement et de son exemple lui survive et continue cette merveilleuse harmonie dans le bien, en face de laquelle personne ne peut ni la récuser ni se déclarer hors d'atteinte.

376 MADAMF. SWETCIllNE.

Menant de front, avec autant de simplicité que d'énergie, la vie spirituelle la plus parfaite et la vie mondaine la mieux remplie, M'"^ Swetchine doit apprendre aux gens du monde combien les devoirs de leur existence sont plus conciliables qu'ils ne le supposent avec ceux de la piété fervente, et démontrer aux gens naturellement enclins à considérer la vie de la foi comme une stérile contemplation, combien on peut la rendre compatible avec tous les dévouements de la famille, toutes les sollicitudes de l'amitié et toutes les activités de l'intelligence.

Une blessure d'autant plus cruelle pour M""^ Swetchine qu'elle voulut la cacher, vint l'atteindre dans le courant de l'année 1834. Soit l'effet des haines opiniâtres qui n'avaient pu se satisfaire encore à l'égard du général Swetchine, soit jalousie de la faveur qui avait permis à lui et à sa femme de demeurer h Paris, lorsque l'empereur Nicolas avait sévèrement interdit la France à tous ses sujets, M"* Swetchine se vit brusquement surprise, non-seulement par le rappel de son mari, mais par un exil rigoureux qui confinait le général dans tout lieu obscur de la Russie qu'il voulût choisir, loin de Moscou et de Saint- Pétersbourg. Cet ordre avait revêtu la forme d'une sentence, et se basait sur d'insaisissables griefs, empruntés, après plus de trente ans, à son administration sous l'empereur Paul, On était au cœur de l'hiver,

M"* Swetchine ne songea pas un instant à se soustraire à cet arrêt. De tout temps elle avait résisté aux conseils amis qui l'exhortaient à réaliser sa fortune et à la transporter en France, à l'abri de toute mesmT arbitraire. Je n'y consentirai jamais, avait-elle toujours répondu. Je veux laisser mon héritage intact à ma scem' et à ses en-

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