‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 168 sur 207 · CHAPITRE \IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IV

par conquérir assez de force pour ne plus se mettre en contradiction ouverte ni avec les autres, ni avec ellemême, et par mériter de voir un jour sa propre image gravée, par un impérissable burin, derrière 1" image de sa bienfaitrice (1).

Durant les séjom\s que M°^e Swetchine faisait l'été soit aux eaux, soit aux environs de Paris, Tune des premières satisfactions cpi'elle se donnait était de faire connaissance avec les sœurs de charité du lieu et de prendre soin de quelque famille pauvre. A Saint-Germain, elle avait assidûment fréquenté la maison des Dames de Saint- Thomas de Villeneuve. Une jeune novice d'un couvent de cet ordre à la Trinidad avait été forcée, par des circonstances malheureuses, de repasser la mer. La Providence l'avait conduite près de M"' Swetchine, qui, non contente de la placer dans le couvent de Saint-Germain et d"y payer sa pension, la visitait avec assiduité et lui fit élever après sa mort un pieux monument.

En 1838, le curé de Chantilly la mit en rapport avec une famille d'une éducation soignée, mais tombée dans une gène extrême. Une mère âgée, M^e Louvos, était soutenue par le travail insuffisant de sa fille qui n'avait pas encore dix-sept ans. M"* Swetchine ne se contenta pas des secours qu'elle prodigua à toutes deux durant l'automne passé à Chantilly ; dès le mois de janvier, elle

(1) « J'ai vu, pendant que nous assistions au coucher douloureux de cette belle lumière, sa chère muette la suivre des yeux d'une chambre voisine, sentinelle vigilante d'une vie qui avait tant donné d'elle-même, et qui s'éteignait entre l'amitié demeurée fidèle et la pauvreté demeurée reconnaissante.» — Oraison funèbre deM"^^ Swetchine, par le père Lacordaire. Correspondant du 25 octobre 1857.

iOi MAD.UIK SWETCHINE.

avait placé la jeune Elisa Louvos comme auxiliaire dans la direction d'un ouvroir. « Là. écrit elle-même Mi'e Louvos, que de bien elle a fait à mon âme par ses conseils si remplis d'affection î Lorsque quelquefois j'avais des doutes sur ma vocation et songeais à changer de situation, c'est alors que je reconnaissais jusqu'à quel point la charité brillait dans son àme. Avec quelle bonté me montrait-elle le bien que je pouvais faire aux jeunes personnes qui m'étaient confiées et m' exhortait-elle à la patience. »

M"*" Elisa Louvos est aujourd'hui directrice d'un des premiers omToirs de Paris.

A Vichy, où M""" Swetchine se rendit dix ou douze années de suite, elle s'était créé toute une vie de charité, comme à Paris même, et sa mémoire y est restée en vénération.

Dès qu'elle arrivait à Vichy, les pau\Tes s'avertissaient réciproquement et accouraient autour d'elle. Parmi eux elle distingua un jeune enfant boiteux, infirme d'un bras, épileptique et d'un aspect \Taiment repoussant. Ce fut à celui-là qu'elle s'attacha. L'intelligence du pau'STe enfant était très faible ; ses parents habitaient une commune à quelque distance de Vichy, et le laissaient mendier seul et sans direction durant toute la saison des eaux. M"^ Swetchine s'émut de ce triste état de vagabondage. Elle le conduisit elle-même à l'hospice de Vichv, y paya une pension et prit toutes les mesures nécessaires pour s'assurer qu'il y serait désormais affectueusement recueilli et chrétiennement élevé. Le cœur de Gilbert fut plus profondément touché qu'on n'eût pu l'espérer de son état en apparence voisin de l'idiotisme. Sa reconnaissance

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