‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 175 sur 207 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

M""' Swetchine énumère ici les diverses causes d'affaiblissement du parti moDarcliique, et ajoute :

« Il faut compter aussi la poignée d'hommes,

qui pourrait grossir, et qui vit des souvenirs de l'Empire, personnifiés dans le prince Louis et même dans un prince Murât qui traverse, dit-on, l'Atlantique à la hâte, si ce n'est à la nage. Si donc la guerre civile est possible dans ce pays, et les meilleurs esprits doutent qu'on y échappe, elle ne l'est que dans le sein même de la République^ entre les éléments de 89 et ceux de 93 ; entre le gouvernement de l'ignoble violence et celui de la raison publique ; entre la loi agraire et le respect de la propriété ; etc. Depuis quelque temps déjà les symptômes de cette grande division s'annoncent. Hier, lundi 17 , nous avons eu un moment d'explosion ; on s'agite encore aujourd'hui. La mobile, la garde nationale, la banlieue, composée de gens qui presque tous ont à perdre, se mettent enfin en devoir de résister. Il est bien à craindre que de sanglantes collisions devront s'en suivre et qu'on ne pourra plus dire avec ^I. de Chateaubriand : « C'est étonnant, le feu est partout et rien ne brûle ! »

» Toute lutte violente amène des malheurs ; mais même en ne les évitant pas .j'ai peine à croire qu'il y ait danger de massacres, ou même d'assassinats juridiques, comme dans la première révolution. Ce n'est pas seulement l'abolition de la peine de mort qui me rassure, c'est que le vent ne souffle pas de ce côté. Si l'on tue, on ne tuera que les bourses déjà bien malades avant qu'on y ait touché.

» Ce qui nous protège jusqu'ici est un instinct d'honnêteté et de délicatesse indéfinissable, car pour la masse, I. '17

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cet instinct n'a pas le devoir pour racine, ni aucune morale positive pour sanction. C'est un bon sens qui résiste jusqu'à présent aux doctrines les plus désorganisatrices ; mais qui sait s'il sera toujours le plus fort? Il n'y a que les principes consentis généralement qui puissent combattre les justes craintes de l'esprit, et ces principes manquent. Il faut dire aussi que le mérite de ne pas attenter jusqu'ici aux droits d' autrui est fort diminué par l'absence presque complète de résistance. Tout le monde est nourri, et tout le monde fait ce qu'il veut ; la méchanceté n'a pas lieu de naître entre ces deux termes. Une chose particulière encore à ce temps-ci, c'est qu"il n'y a pas trace parmi le peuple de cette grossièreté si rebutante dans les souvenirs laissés parla République de 93. Armés comme des brigands dans toute la précipitation de leur effervescence, ils se rangent pour vous laisser passer, ils quittent le trottoir pour vous faire place et, s'ils vous parlent, c'est avec une politesse toute bienveillante. Tout cela résume de grandes qualités nationales ; mais les qualités, c'est encore la nature qui ne préserve pas suffisamment, tandis que la vertu possède seule cette marche tracée et régulière sur laquelle le calcul peut s'appuyer. »

Après les terribles journées de juin , M™e Swetchine écrit :

« 13 juillet 1848.

» Quelle secousse et quelle palpitation interne laisse un si profond ébranlement ! Cela n'a plus rien du caractère de l'émeute . c'est le tragique de la guerre civile et on n'avait point encore vu les barricades coûter la vie à six généraux. Le mal, ma bien chère amie, je le crains, est aussi profond que frappant et en

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