‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 190 sur 207 · CHAPITRE XVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVl

Alexis de Tocqueville et le prince Albert de Broglie devinrent pour M"* Swetcliine les amis delà dernière heure. Leurs lettres ont été conservées avec le même soin, et pour ainsi dire sous la même enveloppe ; à ce titre, elles attesteront, mieux (pi'aucun autre témoignage, quelles pensées, quels vœux captivèrent jusqu'au bout cette grande àme. Adressant à M"^ Swetchine un article qu'il venait de publier sous le titre de : Le Moyen âge et PÉglise catholique l). le prince de Broglie lui écrivait le 9 novembre 1852.

A MADAME SWETCfflXE.

» Broglie, 9 novembre 1852.

» Madame,

» J'ai tâché de confesser ma foi sans maudire mon temps. Cela se peut-il? Je le crois; je crois même qu'il n "y a que cela cpii se puisse raisonnablement et à la longue. Le reste me parait être de passagères fusées de réaction, qui nous laisseront bientôt, si on n'y prend garde, dans une nuit intellectuelle plus profonde que celle dont nous sortons. Donoso Cortès. qui m'a écrit sur l'article une lettre fort obligeante, convient

Ces modifications mêmes ont diî déterminer la suppression du dernier paragraphe du travail de Mme Svfetchine. Elle s'élevait avec une grande véhémence contre ces mots Bossuet sauvage, Tertulien illettré; M. de Lamartine y a substitué ces mots Bossuet laïc.

(1) Le Moyen âge et l'Eglise catholique. l. Conférences prêchées en i851, par le père Ventura, il. Le Catholicisnip,, le Libéralisme, et le Socialisme, par M. Donoso Cortès. m. Le Ver rongeur de l'éducation moderne, et lettres à Miî'' d'Orléans, par l'abbé Gaume. — Revue des Deux Mondes, 1er novembre 180:2.

que la différence entre nous est que je crois au mariage possible entre la société moderne et l'Église catholique, et qu'il n'y croit pas. J'accepte cette définition de notre différend, et je lui ai répondu que, sans penser trop de bien de la société moderne, je croyais que Notre Seigneur pouvait s'asseoir à son banquet aussi bien qu'à celui du péager et aux noces de Gana. j Broglie. »

AU PltlNCE ALBERT DE BROGLIE.

« H novembre 1852.

» Mon cher prince,

» . . . . .La disposition à ne voir que le mal du siècle présent sans en voir le côté ascendant et providentiel, pé'^he surtout, ce me semble, par l'excès des conclusions; c'est de la logique extrême, et l'inconséquence vient bien souvent à notre secours. Ce qui m'étonnerait, c'est qu'il puisse eu coûter si peu pour prononcer d'irrévocables arrêts de condamnation et pour nous voir si irrésistiblement entraînés dans l'abîme. Cela me rappelle Fontenelle : « Ma mère, disait-il , était quiétiste ; elle me disait : — Mon fils, vous serez damné ; — mais cela ne lui faisait pas de peine. » J'avoue que si je voyais nos juges terribles un peu malheureux de notre malheur, il me serait plus facile d'être contente. Du reste, je soupçonne ces hypothèses de n'être pas tout à fait de nature sérieuse, et que nous pourrions bien être réhabilités de temps à autre par quelque désaveu intérieur. Il y a sans doute ici bien des exceptions à faire; n'en pourrais-je faire qu'une seule, elle serait pour Donoso Cortès. Jamais disposition morale ne m'a paru plus étrangère au mouve-

Page 1