‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 191 sur 207 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ment de la pensée ; aussi, toute dissidence avec lui amène im effet surprenant, c'est de se sentir, dans un sens, rapproché de lui à mesure qu'on s'en sépare.

» S. SWETCHINE

Ar PRINCE ALBERT DE BROGLIE.

« Paris, 16 novembre 1852.

» .... Si trop de livres sont faits aujourd'hui avec des idées qui datent d'hier, c'est au contraire de longues études que votre article, mon cher prince, résume visiblement; à toutes les pages, vos convictions paraissent assimilées à vous-même, et cette longue familiarité, en permettant à votre pensée de s'arrêter à toutes les faces de la question, a mis en contact avec elles toutes les quahtés de votre esprit.... Ces appréciations, je vous les présente simplement comme miennes ; mais celle que je puis vous donner comme vraie, d"une vérité qui ne peut tromper, c'est l'impression à part de toute autre que me laissent tant de paroles de vive et profonde foi dans la puissance morale et secrète de l'Eglise, dans son action surnaturelle, dans son incomparable vertu pom- transformer au lieu de détruire; jamais l'accent de votre foi ne m" a paru aussi pénétrant, aussi irrésistiblement persuasif. Yoilà, mou cher prince, ce qui donne mi prix inestimable à la modération et ce qui en est le correctif aux yeux de ceux mêmes que sa saveur, devenue presque étrange, épouffe toujoui's un peu. L'unanimité des suffrages, même des siens, n'est plus une chose qu'on obtienne ; mais, à part les partis pris, je ne doute pas que vous n'agissiez sur beaucoup d'intelligences éparses, prises dans tous les rangs, mises

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d'accord avec elles-mêmes et ramenées sans bruit, caractère de succès qui me parait appartenir à une ligne d'idées qui n'a ni intérêts à faire prévaloir, ni but positif à atteindre, et dont le grand avantage, en particulier au temps où nous sommes, est d'amortir sur bien des points la réaction qu'il est si raisonnable de craindre...

» S. SWETCHINE

« Broglie, 22 novembre 1852.

» Si j'en crois les lettres que je reçois, j'ai

eu le bonheur d'être cette fois mieux compris. J'attribue ce changement à nos révolutions successives qui m'ont appris à mieux m'exprimer, et peut-être aussi aux autres à mieux entendre. Le frottement des grands événements use, quoiqu'on fasse, les angles de toutes les opinions. Je vois bien des gens de toutes parts qui n'éprouvent plus, à leur grand étonnement, autant de plaisir qu'autrefois à se maudire réciproquement. Je ne sais plus qui disait qu'il fallait se garder de connaître ses ennemis, parce qu'on ne serait plus si à son aise pour les haïr.

» La vérité, pour ma part, c'est qu'avec un esprit naturellement entier, je n'ai acquis dans les opinions religieuses la modération dont vous me savez trop de gré que grâce au hasard qui m'a fait connaître de bonne heure toutes les idées contraires , chacune sous son meilleur jour... Avec les protestants et les hbéraux que j'ai connus, je n'ai jamais pu considérer le protestantisme et le libéralisme que comme des échappés qui avaient eu le tort de vouloir emporter de la maison paternelle, l'un le fond

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