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nioi-inème, qui se mêle à toul ce qui m'environne, donne à tous les objets une physionomie particulièrement touchante qu'aucun autre ne leur trouverait; ces arbres, ces prairies, cette mer, qui m'entourent, ne me paraissent ressembler à rien de tout ce que j'ai vu ailleurs.
» Nous avons bien pensé à vous, M"^ de
ïocqueville et moi, durant les dili'érentes vicissitudes de la guerre. Croyez que l'on comprenait bien ici les diverses impressions que faisait naître un tel spectacle dans une âme comme la vôtre, qui sait si bien concilier tous les sentiments affectueux, et rester étrangère aux haines qui divisent les liommes. Hélas! rien n'annonce que tant de malheurs particuliers ou publics soient près de cesser. Je crains en outre qu'au fléau de la guerre ne se joigne bientôt celui de la famine ! L'hiver sera en tout cas bien diiFicile à passer pour les pauvres gens, et ceux qui possèdent quelque aisance devraient se résigner à faire cette année de grands sacrifices pour venir à leur secours. Je vous avoue que je ne crois pas que tous le fassent. Cette succession de mauvaises années, au lieu de rendre la charité plus active, semble la fatiguer. On s'habitue si vite à l'idée de misères qu'on ne sent pas qu'un mal qui paraît plus grand à celui qui en souffre à mesure qu'il dure, paraît plus petit, par le fait même de sa durée, à celui qui le regarde. Et puis, les liens qui devraient unir les différentes classes sont singulièrement relâchés par l'effet des révolutions.
» Ne vous étonnez- vous pas avec moi, Madame, en voyant sortir d'une nation qui paraît si vide de vertus publiques, une armée qui s'en montre si remplie? Tant d'égoïsme ici, tant de dévouement là, ont de