‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 195 sur 207 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

du livre me paraît très-heureuse. J'ai toujours ressenti un fort grand dégoût pour cette décadence romaine, et le livre du prince de Broglie est le seul qui m'ait véritablement intéressé en en parlant. ...»

(I Tocquevill)', 10 septembre 1856.

» J'ai toujom's été, ^ladame, le plus irrégulier, le plus intermittent des correspondants ; je ferais volontiers comme un compatriote que j'ai rencontré en Amérique et qui, quand il avait ([uelque chose de pressé à dire à ses amis, faisait cent lieues plutôt que d'écrire une lettre ; bien différent d'uu mien voisin qui, au contraire, était si peu maître de sa parole , et si habitué à sa plume que si , dans la conversation, on lui poussait un argument un peu vif, il vous quittait aussitôt, montait un petit cheval qu'il avait laissé à la porte en venant, et retournait au galop à son castel pour écrire ce qu'il aurait dû répondre. Je suis aux antipodes de celui-là, mais je me rapprocherais volontiers de l'autre.

» Que j'aime à vous entendre parler si noblement de tout ce qui ressemble à l'esclavage ! Je suis bien de votre avis que la répartition plus égale des biens et des droits dans ce monde est le plus grand objet que doivent se proposer ceux qui mènent les affaires humaines. Je veux seulement que l'égalité en politique consiste à être également libre, et non, comme ou l'entend si souvent de nos jours , tous également assujettis à un même maître. Je me doutais bien, je l'avoue, que ce que jedis sur le clergé de l'ancien régime, et sur l'avantage qu'il y aurait à le rattacher par des intérêts terrestres à une patrie, n'aurait

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pas votre entier assentiment (1). Je ne veux pas plus que vous entamer par lettre ce grand sujet, mais je désire vivement qu'une de ces heures précieuses et si rares où il m'est donné de pouvoir causer librement avec vous se présente bientôt.

» Je ne vous dirai aujourd'hui, si vous le permettez, que le sentiment sous l'impression duquel j'ai écrit. Il y a, ce me semble, dans la morale, deux parties distinctes aussi importantes l'une que l'autre aux yeux de Dieu, mais que, de nos jours, ses ministres enseignent avec une ardeur très inégale. L'une se rapporte à la vie privée : ce sont les devoirs relatifs des hommes comme père, iîls, comme femme ou mari. L'autre regarde la vie publique : ce sont les devoirs de tout citoyen vis-à-vis de son pays et de la société humaine dont il fait spécialement partie. Me trompé-je en croyant que le clergé de notre temps est très-préoccupé de la première portion de la morale et très-peu de la seconde? Cela me paraît sensible partout , et surtout dans la manière de penser et de sentir des mères et des femmes. Je vois un grand nombre de celles-ci qui ont mille vertus privées dans lesquelles l'action directe et bienfaisante de la religion se fait apercevoir; qui, grâce à elle, sont des épouses très fidèles, des maîtresses de maison justes et indulgentes envers leurs domestiques , charitables envers les pauvres ; mais quant à cette partie des devoirs qui se rapportent à la vie publique, elles ne semblent pas en avoir même l'idée. Nonseulement elles ne les pratiquent pas pour elles-mêmes, mais elles ne paraissent pas même avoir la pensée de les

(1) L'Ancien régime et la Bérolution.

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