CHAPITRE
AVENEMENT DE L EMPEREUR ALEXANDRE. — ARRIVEE DU COMTE DE MAISTRE A SAINT-PÉTERSBOURG. — ADOPTION DE LA JEUNE NADINE STAELINE. — ŒLTRES CHARITABLES ET CORRESPONDANCE AVEC ALEXANDRE TOURGUENIEF. — MARL\GE DE LA PRINCESSE GAGARIN. — PREMIERES LETTRES A MADEMOISELLE ROXANDRE STGURDZA . . .
Quelque extravagant qu'eût été le règne de Paul l", cet empereur laissa derrière lui un acte mémorable et salutaire : le rétablissement de l'hérédité directe et légitime dans la succession au trône, promulgué le jour même de son sacre. Ses violences capricieuses furent bientôt oubliées, et l'avènement d'Alexandre T" fut salué avec ivresse.
Catherine, son aïeule, dont la prédilection pour lui ne s'était jamais déguisée, l'avait marié, lorsqu'il atteignait à peine sa vingtième année, à la jeune et belle princesse Louise de Baden, qui prit, en embrassant la religion grecque, le nom d'Elisabeth.
Noble de taille et de maintien, séduisant de visage^ I. 4
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doux et affectueux Je nianièi(\s, poli quelquefois jusqu'à raifectation, iijénéreux, enthousiaste, iVlexandre possédait au même degré ce qui séduit la foule, et ce qui captive les esprits sérieux. Son instituteur, César de La Harpe, né dans le canton de Vaud, républicain de doctrine comme d'origine, avait commencé par lui inspirer le vif désir de traiter avec la Révolution française, dont luimême se montrait en toute occasion partisan avoué.
Aussi, l'un des premiers actes d'Alexandre, âgé de vingt-sept ans au moment de son avènement au trône, fut de se rendre à Mémel pour conférer avec le roi de Prusse , Guillaume III , et le rallier à un système de rapprochement définitif avec la France. A Riga, les habitants dételèrent les chevaux de sa voiture pour la traîner de leurs bras, et un capitaine de navire allemand fendait la foule en s'écriant : « Que mes yeux contemplent l'Empereur de la paix (1) ! »
Le vieux Klopstock, interprète du sentiment général de l'Allemagne, célébrait dans une ode « l'ange tutélaire de l'humanité. » Pour marquer jusque dans les moindres détails la direction intellectuelle qu'il prétendait donner à son règne, Alexandre se montrait moins soucieux que son père de costumes et de manœuvres militaires ; il interrogeait souvent les fonctionnaires civils et prenait volontiers les allm'es d'un simple particulier. Aux jours de grandes revues seulement, occasions rares et solennelles, il apparaissait en brillant uniforme et entouré d'un nombreux cortège d'aides-de-camp. On disait de lui à cette époque. : « C'est l'homme de la cour qui va le
(\) Sclinitzler, tome îei-, page 4-3.