‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 25 sur 207 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

moderne, et vous me feriez un plaisir extrême en m'en procurant une le plus tôt possible.

Ce que vous me dites sur M. *'* achève ce que mon instinct avait commencé. Je vous avoue que je n'ai nul goût pour les démarches hasardées et que je crois fermement que ce qui est inutile, loin d'être indifférent, est toujours nuisible. Je suis beaucoup plus mortifiée de renoncer aux quinze cents roubles du gouvernement de Toula; mais il faut mettre de la soumission là où on ne peut réussir à mettre de la bonne grâce. Mille bonjoyrs, mon cher confident de toutes mes peines ministérielles.

Lundi.

C'est avec une vivacité inimaginable qu'on me demande de Moscou une Bible polonaise et une Bible italienne. N'en avez-vous pas aussi qui contienne sur deux colonnes deux versions dans ces deux langues? Je ne puis m'adresser, à cet effet, qu'au distributeur dont la complaisance mériterait une de ces louanges orientales qui vont se perdre dans les nues.

Rendez-moi le service aussi de me faire prêter deux requêtes présentées par moi à la dernière séance; elles sont de deux paysans auxquels on a accordé quatre-vingts roubles. Comme jusqu'ici ils ne sont pas revenus pour les recevoir, je voudrais savoir leur logement marqué sur les requêtes que je ferai remettre immédiatement après.

A ce soir, je l'espère.

Vendredi.

Faites-moi le plaisir, mon cher Tourguenief, de prier M. Sayger de me renvover le livre de Villers, Sur l'influence de la réformation. j'en ai besoin dans ce moment-ci; mais dès que j'en aurai tiré ce qu'il me faut, je le lui remettrai aussitôt en le priant de le garder tant qu'il voudra.

N'oubliez pas aussi de me donner le livre de Philarète (1) ou de m'envoyer celui de la princesse Alexis (2). Puis-je garder Goethe, et ne

(1) Métropolite de Moscou. L'usage est de désigner simiilement par leur nom de baptême les dignitaires de l'Eglise russe.

(2) Princesse Alexis Galitzin, née comtesse Protasof. Elle avait été

m MADAMK SWKTCHINK.

ponvez-vous pas y ajouter Kleiiie prosaische Schrifften von Schiller (i ) dont j'ai déjà un volume? Refusez-iiioi pour peu que vous en ayez besoin.

Permotlez-moi aussi d'emporter votre Mi'dler; j'ai quelques noies à y prendre, mais je ne le garderai pas longtemps.

Jeudi.

Vous me tirez d'embarras, mon rber ami, même lorsque vous ne

pouvez venir à mon secours . .

N'auriez-vous pas un courrier pour .Moscou? J'ai une multitude de paquets à expédier , et il m'est impossible de profiler de celui d'aujourd'hui : Je revis à peine, et mes douleurs d'hier me laissent dans un étal qui ne ressemble à rien. Je voudrais que l'Orient voulût me bercer de quelques contes arabes : c'est la lillérature des peuples qui sonl encore dans l'enfance, et je vous assure que j'y suis retombée. Je viens de voir que le billet d'invitation esl pour six heures; je n'en connais pas de plus indue. Ouvarof (2) veut donc que tout soit à l'avenant, et qu'il n'y ail rien d'européen dans la séance? Je lui en ferai très sûrement la ffuerre.

mariée au prince .\iexis (ialitzin, petit-fils du feld-maréchal auquel la Piussie doit la grande journée de Pultawa. Elle devint veuve en 1800 et fut une des premières Russes qui embrassèrent le cadiolicisme Ses sœurs, la comtesse Rostopchine, la comtesse Protasof et la princesse Vasiltchikof ne lardèrent pas à suivre son exemple. Elle eut en outre le bonheur d'attirer à la vraie foi son fils aîné, le prince Pierre, et sa fille, morte en Amérique religieuse du Sacré-Cœur. Liée avec le comte de Maislre, la princesse Galilzin l'était encore davantage avec Jlnie Swetchine el n'a pas cessé de correspondre avec elle jusipi'à la veille de sa mort, arrivée à Saint-Pétersbourg le 28 octobre 1842. Quoique pratiquant la religion catholique, elle conserva, dans la société et à la cour, le rang el les égards que lui assignaient sa naissance, son esprit el ses vertus. Comme .M"ie Swetchine , elle aimait à conserver par écrit ses impressions el elle a laissé plusieurs volumes manuscrits dont la publication pourra un jour prouver, une lois, de plus, combien les sentiments religieux, loin d'éteindre le patriotisme, l'épurent et le fortifient.

(1) Petits écrits en prose de Schiller.

(2) Employé supérieur du ministère de l'instruction publique, et plus tard successeur du prince Galitzin.

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Vendredi.

Vous êtes venu hier, mon cher et bon Tourguenief, el ce n'est pas seulement en l'apprenant que je me rappelai qu'il y avait un temps énorme que je ne vous avais vu. Je serai en retraite la semaine prochaine , mais ce ne sera pas pour vous que j'allie très bien non à un système de privations mais à tout ce qui demande du repos d'âme et d'esprit.

Dimanche matin.

Il y a dans votre lettre d'aujourdhui quelque chose de rassis, de sérieux qui me touche particulièrement ; c'est comme les mouvements oratoires dans ceux qui habituellement ne s'adressent qu'à la raison. Que Dieu vous garde , mon cher ami ! Il y a dans votre tête el dans votre cœur de quoi faire dix hommes de mérite , et il est impossible que votre première idée, votre plus cher désir, ne soit pas de ne faire qu'une seule masse de ces dix hommes-là.

Mardi.

J'étais sûre que la lettre de la comtesse ^^... vous toucherait; il me semble qu'il suffit de voir le caractère se déployer dans une seule occasion pour pressentir de quoi il est capable dans toutes. Dites à M. Murait que rien ne me convient davantage que les heures qu'il peut me donner; engagez-le à ne pas remettre au-delà de jeudi. Je lui aurais demandé aujourd'hui si , par le plus grand des extraordinaires, je n'allais au spectacle. Il me semble retourner à mon enfance, car on m'y mène, et je crois que cela m'amusera.

Samedi.

Je suis fatiguée de vous voir au milieu de dix personnes. Venez à l'heure que vous voudrez dans la matinée de demain : ma porte sera fermée afin que vous l'iiuvriez. A demain donc, mon cher ami.

Samedi.

Voici votre papier, mon cher ami

Crovez-moi , en religion comme en politique ,

c'est un mauvais plan de campagne que de vouloir passer entre tous les partis sans appartenir ;'i auciui. Dans la sphère purement intellec-

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tuolle , cela passe encore; mais lorsque les idées sont destinées à devenir des actions, il Tant qu'on sache précisément à quoi elles appartiennent.

Tâchez d'aller de bonne heure chez M. Karamzin. Je dme chez la princesse Alexis, et aussitôt après, c'est-à-dire vers six heures et demie, j'irai chez M'"e Mouravief, et je monterai ensuite chez M. Karamzin.

Dimanche.

Voici, mon cher ami, tous les livres que j'avais à vous, nommément quatre volumes de Herder, deux de Klopslock. trois de Miiller. Il faut que vous me permettiez de garder Buttervverck (le volume de son Esthétique). J'ii effacé les notes en marge aux autres ; à celui-ci, cela m'obligerait à recommencer un travail préparatoire. Sous quelques jours, Graëf me promet de me le procurer.

Lundi matin.

Mon cher Tourguenief, Fischer me parle dans une de ses lettres d'un nommé Hausen, allemand et morave, qui est établi à Astracan, d'où il a fait plusieurs voyages sur les côtes de la Perse. Engagé peut-être d'abord par quelques projets mercantiles, il a pris dans ces excursions la passion dç la botanique, et a recueilli tout ce qui a pu se présenter à lui d'intéressant en fait de plantes et de graines. Aujourd'hui il brûle du désir de recommencer son voyage dans ce même but. Plusieurs personnes, et le comte Alexis Razoumofski entr'autres, lui en ont ménagé les moyens pécuniaires , et il ne lui manque plus que les facilités qu'il pourrait devoir aux recommandations dont il désirerait être le porteur. Mon mari a déjà écrit au gouverneur d'Astracan que nous connaissons, et je viens aussi d'écrire à Mazarovvitch. Mais Fischer me charge de demander à Oiivarof une lettre pour .Vbas Mirza , et vous me feriez bien plaisir de la lui procurer. Peut-être n'y trouvera-t-il pas d'inconvénient, et un tel appui, d'une manière ou d'une autre, pourra toujours être utile. Si vous trouviez quelque autre moyen dont on pût se servir avec succès, dites-le moi : on aime à encourager les eiforts désintéressés de la science, et on aime encore bien mieux à contribuer au bonheur d'un savant homme qui est si peu difficile dans le choix du sien.

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