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puissiez dans ce moment-ci me procurer quelques mformations et de Tappui pour faire réussir le projet auquel je m'arrêterais. Ayez pitié de l'embarras où je me trouve , et donnez-moi quelque bon conseil pour m'en faire sortir.
30 juin. — Vendredi.
Mon cher Tourguenief, je remets ce billet à M. Goucharewski, afin qu'il vous serve comme d'un signe qui vous rappellera l'intérêt que vous m'avez promis de prendre au placement de ma pau\Te et chère petite fille. Vous m'avez donné tant de preuves d'amitié que, sans vouloir m'arrèter un instant à la crainte que ce ne soit la dernière, je puis au moins vous donner l'assurance qu'il n'en est peutêtre pas qui m'inspire plus de reconnaissance. De grâce , si vous éprouviez des difficultés, tâchez au moins de la faire recevoir à mon compte. Je ne crains qu'une chose, c'est que cette petite ne soit pas aussi bien que je le désire. Par le mot bien, j'entends uniquement un asile assuré, et une éducation propre à son état, et qui un jour lui assure le nécessaire. Plus elle sera simple, et se bornera aux ouvrages de main, et plus j'en serai contente.
Quand vous m'écrirez , vous serez la bonté même de me parler de ce que vous espérez trouver pour elle : cela me mettra l'âme en repos.
Pendant que ces soins de toute nature occupaient ^jme S^etcliine, un nouveau lien la retenait à Pétersboiu-g; c'était le mariage de sa sœur avec le prince Grégoire Gagai'in, homme jeune, distingué, brillant, appelé et accoutumé à tous les genres de succès, et fort apprécié à la coui\
Une amitié qui garda la plus large part dans toute la vie de M"^ Swetchine, naquit aussi vers cette époque : M"^ Roxandre Stourdza, devenue plus tard comtesse Edling^ était également tixée à Pétersbourg par la situation de ses parents. Les Stom'dza, grecs d'origine, possesseurs de propriétés consiiiérables en Moldavie, avaient émigré avec trois eufants, après le traité de Jassi (1791), sacri-
m MADAME SWETCHINE.
liant des intérêts et une intluenee héréditaires pour se réfugier sous l'égide d'une puissance chrétienne (1). M. et M'"* Stourdza furent accueillis par l'impératrice Catherine avec distinction. Lue de leurs filles. Roxandre Stourdza, née à Constantinople le 12 octobre 1786, fut, dès qu'elle eut atteint sa seizième aniiée, placée en qualité de demoiselle d'honneur près de. l'impératrice Elisabeth. L'affection et la confiance c|ue lui témoigna bientôt cette princesse, attirèrent sur elle l'attention des esprits sérieux. Le comte de Maistre entra en tiers dans cette intimité. Quelques lignes de lui apprendront à connaître l'amie de M"^ Swetchine et la compagne de l'Impératrice à laquelle on donnait alors par coui'toisie le nom de Madame.
« Madame,
» Je n'aurais pas le moindre talent pour le genre persuasif, si la justice que je rends â votre mérite n'était pas au premier rang des choses dont il ne vous est pas permis de douter. Je n'ai jamais varié sur cet article de foi, depuis le moment où le plus heureux hasard me conduisit en Grèce (2). »
» Comment pourrais-je vous exprimer le plaisir que
m'a fait la nouvelle que je viens de recevoir de votre aimable amie au sujet de ^I. votre père? Ce plaisir est pro-
(1) La famille Stourdza a donné deux hospodars à la Moldavie. Jean Stourdza, prince de Moldavie, reçut son bérat d'investiture en 1822 et régna jusqu'en 1826. Le prince Michel Stourdza, désigné par la Russie pour l'hospodarat, reçut l'investiture de la Porte en ISSi et se retira en 1849, lorsque fut conclu l'acte de Balta Lémani. Le père du prince Michel Stourdza et celui de la comtesse Edling étaient frères.
(2) M. de Maistre veut dire ici l'intérieur de la famille Stourdza.