‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 28 sur 207 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

portionné au chagrin que m'avait causé la nouvelle contraire. J'étais sur les braises, voyant l'épée qui pendait sur la tête de l'excellente Roxandre, sans savoir à qui m' adresser pour en apprendre davantage. M""* Swetchine m'a rendu un véritable service en me communiquant sans le moindre retard la nouvelle du mieux qui lui est sans doute venue de vous. Cependant vous avez manqué là; personne ne devrait souffrir chez vous quand vous

êtes absente Je voulais et je ne voulais pas écrire ; je

voulais et je ne voulais pas aller à Tzarskoe-Sélo (1) ; j'écrivais à M"^ Swetchine et j'attendais avec une extrême inquiétude les renseignements dont j'avais besoin. Ils sont arrivés tels que nous le désirions. Tout à Them-e, sept heures du soir, j'irai m'en féliciter avec notre amie commune qui partageait bien mes inquiétudes. x\h! le vilain monde ! Souffrance si l'on aime , souffrance si l'on n'aime pas ! Quelques gouttes de miel, comme dit Chateaubriand, dans une coupe d'absinthe. — Bois, mon enfant, c'est pour te guérir. — Bien obligé, j'aimerais mieux du sucre. »

Rodolphe de Maistre ayant été admis au service dans l'armée russe, le comte de Maistre exprimait son inquiétude à Mlle Stourdza.

« Depuis que vous nous avez quittés, mon âme ne s'est

occupée que de catastrophes. Mon fils m'a quitté Je

vois notre excellente amie, M""" Swetchine, autant cpe je le puis. Elle m'entend fort bien et me console beaucoup. J'en ai besoin de toutes manières !

(t) Palais à cinq lieues de Pétersbourg et résidence liahituelle de la famille impériale durant l'été.

» Quand vous posséderons-nous donc encore, chère et respectable amie, et quand pourrons-nous deviser avec vous autour de la table ronde, où le thé ne paraîtra que pom" la forme ?

» La bonne amie Sophie est toujours telle que vous l'avez laissée, c'est-à-dire bonne et aimable au superlatif, mais sajis prhicipes fixes sm* sa santé. Je ne puis vous dire combien ce tempérament m'impatiente. Au premier coup-d'œil elle a l'air parfaitement bien portante, et jamais on n'est sur d'elle : c'est la seule manière dont elle trompe. Cependant elle se porte bien mieux que la petite JNadine, qui me paraît fort mal acheminée. On dit bien qu'il y a du mieux, mais je ne m'y lie guère. Je sens combien cette douce société est nécessaire à l'excellente dame ; si les choses tom'nent mal, ce qui est probable, ce sera un coup terrible pour elle (1). »

Les lettres du comte de Maistre avaient déjà fait revivre le souvenir de la comtesse Edling; celles de M"^ Swetchine achèveront de jeter sur ce nom un ineffaçable intérêt.

Cette précieuse correspondance va nous rendre non pas seulement un tableau de la vie de M""' Swetchine à cette époque , mais sa vie même , son âme et son cœm* , dans leur entier abandon.

c( Si je ne craignais pas d'être admonestée, blâmée mentalement (la seule manière dont je le craigne), je vous dirais que mon cœur est plein de regrets de ne plus vous voir, et que, depuis lundi, les moments dont je dispose ont été remplis par le vide que laisse votre absence. On peut ne pas consulter son intérêt

(1) Lcllres et Opuscules, tome il, page 570.

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