‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 3 sur 207 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ginale et forte. Il sutlit île parcourir le Kremlin de Moscou pour passer rapidement en revue et retenir profondément gravées dans sa mémoire les traces survivantes des vieilles dynasties russes.

Nous croyons d'ordinaire en France que le Kremlin est une citadelle et qu'il n'existe de Kremlin qu'à Moscou ; ce sont deux erreurs. Toute ville russe, antique et considérable a entouré d'une enceinte fortifiée une église particulièrement révérée, souvent plusieurs, un couvent, un dépôt d'artillerie, des munitions de guerre ; c'est cet ensemble qui reçoit le nom de Kremlin et qui pourrait en effet porter le nom de forteresse, puisque le peuple concentre là ce qui fait sa force , c'est-à-dire sa religion , ses archives et ses armes. Sous ce triple rapport , Moscou cumule les plus importantes et les plus intéressantes richesses.

Au centre de son Ivremlin, s'élève la cathédrale ; plus loin , l'C vieux manoir des tzars , le palais du Sénat et enfin l'arsenal. Là sont recueillies les reliques de tous les siècles, depuis le sceptre et le globe envoyés par Alexis Comnène à Vladimir Monomaque, jusqu'au brancard de Charles XII, trophée de la bataille de Pultawa. Les couronnes successivement portées par les souverains russes sont rangées par ordre de date et s'aperçoivent d'un seul coup-d'œil : les premières , simples bonnets de fourrure avec quelques symboles de peu de valeur; les autres, toques de velours enrichies de pierres précieuses, enfin le diadème moderne d'or et de diamant. Les trônes apparaissent ensuite; celui d'Ivan III Wasiliéwitch, en ivoire, sculpté dans le style byzantin ; celui de Boris Godounof , siège de bois recouvert de quelques lames d'or , cadeau d'un shah de Perse au tzar. Au fond d'une galerie, seul sur

4 MAUA.MK SWK'ICIII.NK.

uue estmde, un Irùiie à deux places et en argent doré, attire les regards moins par la magnificence du travail et la profusion des turquoises qu«' par la singulière disposition d'un rideau mobile retombant en arrière d'un dais spacieux pour associer à la scène royale un troisième personnage invisible. On devine la pi'incesse Sophie dictant à ses deux frères, Ivan et Pierre , les paroles qu'elle craignait de confier à leur mémoire enfantine ou rebelle. Mais bientôt le plus jeune des deux princes se lassa de cette tutelle ; le souffleur fut relégué dans un monastère , Ivan réduit au silence et Pierre-le-Grand occupa seul ce trône qu'il ne trouvait pas trop large.

La révolte des strelitz qui avait ensanglanté et épouvanté son avènement, lui laissa l'ineffaçable impression de la violence encore farouche de ses sujets . Son éducation livrée sans choix à des étrangers de nations diverses, développa ce germe, et le prince grandit avec la résolution d'implanter violemment à son tour la civilisation européenne au cœur de la Russie. Tout fut immolé à cette pensée dominante : son repos, sa dignité, la vie de son propre fils, le vieux et héréditaire séjour de ses prédécesseurs. Pierre comprit qu'il ne pouvait accomplir à lui seul la régénération qu'il avait rêvée ; il voulut ouvrii* aux étrangers une porte dans ses états , à ses sujets , une fenêtre sur l'Europe ; Saint-Pétersbourg fut improvisé au milieu des sables et des flots. Cette entreprise contre le sol et toutes les traditions d'un peuple a-t-elle réussi? Le débat subsiste encore. Le voyageur rencontre aujourd'hui, comme il y a deux siècles, des Russes épris de sympathie pour le jeune prince Alexis, qui se liguait avec les longues barbes contre les impétuosités nova-

Page 1