‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 31 sur 207 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

INVASION DE LA RUSSIE PAR L EMPEREUR NAPOLEON. — MADAME SWETCHINE EST NOMMÉE PRÉSIDENTE DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS POUR LES VICTIMES DE LA GUERRE. — LETTRE A l'aBBÉ NICOLE. — CORRESPONDANCE AVEC MADEMOISELLE STOURDZA DURANT LES ANNÉES 1813 ET 1814.

Le sentiment du devoir occupa toujours trop de place dans l'àme de M™'' Swetcliiue pour que le patriotisme n'y eût pas une large part. Elle appartenait par son temps, et mieux encore parjdes convicticnis réfléchies, à cet ordre d'idées qui arme la patrie du droit d'exiger tous les sacrifices, et qui reconnaît dans le souverain le centre naturel de toutes les affections, de tous les dévouements et de tous les respects de cette nature.

Dès que la Russie fut menacée par la France, l'empereur x\lexandre mit le comble à l'enthousiasme de ses sujets en se portant de sa personne à la tête de son année, et en associant, dans quelques paroles d'un ton naturel et noble, la cause de sa couronne à celle du peuple et de la justice. « Je serai avec vous, disait-il dans sa première

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proclamation à la Russie, je serai avec vous, et Dieu sera contre Tagresseur. »

Le courage militaire d'Alexandre se montra à la hauteur de ses qualités politiques. Dans une chaude rencontre, le général prince Wittgenstein envoya un de ses aides de camp près de l'Empereur pour le conjurer de moins exposer ses jours, ajoutant que sa présence lui ôtait le sang-froid nécessaire aux opérations militaires. Le boulet qui, devant Dresde, coûta la vie au général Moreau, couvrit Alexandre de poussière.

Le sentiment de l'humanité, qui avait toujours été vif et sincère dans l'empereur Alexandre, se manifesta avec éclat dans cette guerre si désastreuse des deux parts. L'Empereur visitait sans distinction les blessés russes et les blessés français gisant sur un sol glacé. Plus d'une fois il versa des larmes en entendant des cris de douleur ou des adieux suprêmes proférés dans toutes les langues de l'Europe. Tous les soldats qui pouvaient être transférés furent recueillis dans les hôpitaux; mais là encore ils se voyaient décimés par les maladies épidémiques. Le duc d'Oldembourg, beau-frère de l'Empereur, fut saisi du typhus et mourut. Alexandre ne s'en laissa point arrêter, et aucune représentation ne l'emporta sur la volonté d'encourager et de surveiller les soins dus à tant de souffrances. Pour rendre sa vigilance plus efficace, il s'appliquait à garder un strict incognito. Un jour qu'il racontait à la comtesse de Clioiseul le soin qu'il venait de prendre d'un pauvre prisonnier espagnol, M"" de Choiseul lui demanda s'il était vrai qu'on l'eût reconnu dans sa visite à l'hôpital. « Oui, répondit-il avec simplicité, dans une chambrn d'officiers; mais ordinaire-

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