‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 37 sur 207 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

donnait Sayger ne me suffisent pas ? J'ai pris un autre maitre d'allemand qui vient tous les jours et me fait faire des progrès assez rapides. Si vous entendiez parler du comte de La Garde, vous me feriez bien plaisir de me donner de ses nouvelles. Je n'en ai pas eu depuis son passage à Francfort, et elles me manquent. On ne parle pas de lui , et c'est de bon augure ; les bommes^qui sont à l'armée sont dans la catégorie des femmes , qui sont d'autant plus heureuses qu'on en parle moins. Je vous envoie une lettre du comte de Maistre ; il a eu hier une lettre de son fils qui le rassure parfaitement.

» Si vous avez froid au midi, nous avons presque chaud dans le nord. La rivière a passé, à mon grand contentement, et les trois fenêtres de mon cabinet m'offii'ent trois beaux Vernet , que l'on ne me contestera pas d'être originaux.

» J'ai lu l'ouvrage de M™e de Staël sur l'Allemagne, et , comme dans tous ses autres livres , j'ai trouvé de fort belles pages et quelques jugements précipités. Mes professeurs de littérature allemande, Ouvarof et Tourguenief , ne trouvent pas que le compte qu'elle en rend soit exact de tout point. Prononcez-vous , je vous prie , sur ce sujet. Si vous pouviez m'envoyer un ouvrage sur le magnétisme et ses effets, qui ne fut pas volumineux, et en donnât une idée juste , vous me feriez grand plaisir ; car rien ne m'intéresse plus que de m'intéresser à ce qui vous intéresse, depuis Y Alpha jusqu'à VOîJiéga. Adieu, bonne chère amie. »

« Vendredi dernier , la princesse Alexis et moi avons été passer la soirée chez le comte de Maistre, qui, en vertu des devoirs qu'impose l'hospitalité, ne s'est pas per-

mis un seul moment de sommeil. H sortit avec la palme de la victoire de cette terrible lutte de la nature et de la politesse ; mais qui sait ce qu'il lui en coûta ! »

« La bienveillance générale a été le roman de

la seconde partie de ma vie. Quand on n'espère plus vi\Te sans interruption dans une seule âme, il n'est pas trop de toutes pour remplacer cette seule-là. Il n'y a rien de si commun que de suppléer par le nombre à la qualité. »

« A mesure que j'apprends à vous connaître, j'ai toujours un peu plus besoin de ne vous pas quitter. Si je vis encore dix ans, en n'avançant que d'une ligne , cette marche progressive me conduira à un point de folie : je croirai que je suis votre ombre. »

« A propos de li^Tes, je vous envoie aujourd'hui des copies que le comte de Maistre me demande de vous remettre. Il vient de m'envoyer une brochure que je lui avais prêtée, qui a pour titre : Tableau de la littérature française au dix-huitième siècle (1), chargée des notes les plus intéressantes faites par lui sur les marges. Le livre est excellent, et ses observations quoique un peu sévères , sont remarquables par leur tact et leur finesse. Le comte de Maistre est comme le chien de chasse, il sent à une prodigieuse distance ce qui tient directement ou indirectement aux idées du siècle ; rien n'obtient grâce de lui, du moment où il y a une légère déviation des principes fondamentaux. Pour peu que cette inclinaison se laisse apercevoir , il n'y a ni éloquence ni élévation de pensées et de sentiments qui la lui fasse pardonner. »

(1) De M. de Baranle.

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