‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 40 sur 207 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

je serais tenté de lui appliquer le songe des sept vaches grasses et des se[)t vaches maigres, vu le partage égal qu'elle se fait de mes jours. J'en ai de bons où l'activité règne, et puis d'autres où je ne sème ni ne recueille, et ceux-là, mon amie, dans une existence contemplative, sont bien maussades. Après tout, je ne me plains ni de cela ni d'autre chose ; il me semble saisir les intentions de Dieu sur moi, me sentir sous son influence et marcher dans la route que sa miséricorde elle-même m'a fravée. Une disposition semblable n'est-elle pas déjà par ellemême le plus grand des bienfaits? Combien vous avez raison de ne vouloir que ce que Dieu veut ! Je sens fortement l'ignorance complète où nous sommes de ce qui nous convient, j'ai vu tant d'espérances réahsées faire couler des larmes amères, telles que les espérances trompées n'en ont jamais fait verser, que si j'étais investie de la toute-puissance sur ma propre destinée, je n'hésiterais pas un seul instant à obtenir, par mes supplications, d'en être délivrée. Il est bon de ne dépendre que de l'Etre qui fait tout, et si quelque chose pouvait rendre la créature humaine plus misérable qu'elle n'est, ce serait un degré d'indépendance de plus. Ces sentiments, chère amie, sont de très ancienne date ; le premier germe en a été conçu dans un temps où l'air était encore embaumé, les objets à l'entour resplendissants de beauté et de fraîcheur, et où mon cœur , quoique troublé par des peines, sentait encore parfois son existence avec enivrement. »

« Quand, dans le pays que vous habitez, on

voit quelqu'un de supérieur oser rester soi, mettre du naturel, du calme là où les autres portent l'apprêt, au lieu de convenir de la supériorité qu'une telle conduite doit

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faire supposer, on T attribue à la perfection de l'astuce. (Vest tout simple : il y a des oreilles que le mot de mérite déchire et que celui d'adresse n'épouvante pas. Un point sur lequel je suis parfaitement tranquille, c'est sur le jugement que l'Impératrice porte de vous : elle a trop d'esprit pour ne pas démêler un caractère tel que le vôtre, et il y a tout à gagner à traiter avec des esprits supérieurs. Il n'y a rien de si avantageux que d'être observés pour les caractères qui méritent cet éloge banal, et cependant si beau quand il est applicpié avec justesse : gagner à être connu. Tout ce qui porte l'empreinte de l'unité est vrai, car dans ce qui est factice, quelque soin qu'on y mette, il y toujours un petit bout d'oreille qui perce. Je conçois bien le penchant des personnes élevées par leur rang au-dessus des autres, d'examiner longtemps avant que de donner la plus petite part à leur confiance : elles sentent qii"une amitié réelle serait un grand adoucissement, mais elles pensent encore mieux qu'elles compromettraient beaucoup plus que les autres si elles faisaient un choix qui ne fût pas excellent. »

« M. de ^laistre m'a rendu compte sommairement de tous les conseils qu'il vous donne (n'est-il pas assez drôle que nous nous mêlions de vous conseiller, vous qui pourriez nous mener tons?) et j'ai souri bien des fois à ces habiles théories dont on ne peut jamais venir à bout dans la pratique. Il y a sûrement quelques moyens (qu'on n'applique jamais) pour ne pas blesser l'orgueil des hommes, mais la vanité des femmes!... Ah! ceux-là sont encore à découvrir 1 Je crois que le plus simple est den faire son deuil, d'avancer à petits pas et de se bien répéter, pour se fortifier 'dans la marche : Fais ce que dois,

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