‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 42 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LIAISON DE iMADÀME DE KRUDENER ET DE MADEMOISELLE STOURDZA. — SUITE DE LA CORRESPONDANCE DE MADAME SWETCHINE ET DE MADEMOISELLE STOURDZA.

Le caractère de l'empereur Alexandre, flexible, mobile et facilement ému, avait traversé les mêmes phases que son empire, subi le contre-coup et gardé une trace de chaque crise. Son âme se partageait entre les séductions de la jeunesse et la leçon des événements. La souveraine puissance lui apparaissait souvent non plus sous le charme inviolable de ses prestiges, mais sous l'aspect sévère et quelquefois formidable de sa responsabilité. L'amour de ses sujets demeurait fidèle; mais plus d'une fois leur stupeur, leurs mornes visages, leurs regards douloureux lui avaient demandé compte de l'usage qu'il avait fait ou qu'il allait faire de tant de confiance et de dévouement. Plus d'une fois ses aides de camp l'avaient vu s'éloigner d'eux, parcourir seul à pas précipités les allées de I. 8

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Tzarskoe-Sélo, les rues (.lésertes de Saint-Pétersbourg, ou s'élancer, éclatant en sanglots, dans sa calèche de voyage. Mais enfin, aux sombres lueurs de l'incendie de ]\Ioscou avait succédé pour la Russie le brillant rayon de la journée de Leipsig. Napoléon, vaincu par l'Europe entière, sembla l'être plus directement par les armes russes ; Alexandre retrouva les enivrements de la fortune, de la gloire et du plaisir. Son entrée à Paris fut encore empreinte de la gravité des catastrophes au-dessus desquelles il était unanimement salué comme un arbitre généreux et comme un sage modérateur.

Mais une fois Napoléon naïvement confiné dans l'île d'Elbe, la monarchie restaurée en France au milieu d'un enthousiasme spontané et sincère, Alexandre reprit la route du Nord. Vienne le retint. Il s'y arrêta longuement^ autant pour y goûter les applaudissements et les fêtes de l'Europe qui se croyait délivrée, que pour y présider aux travaux d'un congrès qui ne voyait plus rien de pressé ni d'inquiétant dans son œuvre.

Cependant quelques esprits moroses et perdus dans la foule s'effrayaient encore. De ce petit nombre fut une femme inconnue dans le monde politique et à demi-révélée seulement au public lettré par un roman semé de pensées ingénieuses.

Julie Wittinghof, d'une famille qui comptait deux maîtres de l'ordre teutonique dans le xiv^ et le xv^ siècle, et petite-fille du maréchal Munich, était née à Riga en 1764. Elle avait épousé à vingt ans le baron de Krùdener, ambassadeur de Russie à Venise, et bientôt s'en était éloignée pour aller seule en France , en Suisse, en Allemagne, mener une vie complètement au gré de son ima-

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