‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 43 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gination exaltée. Le hasard la conduisit dans le grandduché de Baden, à l'époque où 1" impératrice Elisabeth, toujours séparée d'Alexandre, attendait, chez le grandduc, son frère, le retour du vainqueur de Napoléon.

M"^ de Krtidener, parvenue à sa cinquantième année , était vouée alors à un genre de vie qu'absorbait exclusivement la prédication religieuse. Quelques ministres protestants de Genève et de Baden l'accompagnaient , l'inspirant et s'inspirant d'elle toiu" à tour. C'était une sorte de M""" Guyon . pour laquelle Fénelon et la soumission à l'autorité catholique étaient remplacés par quelques aventureux apôtres, sans tradition, sans but précis, et pour lesquels le Philosophe inconnu, Saint-Martin, avait été à la fois initiateur et pontife. M"* de Krtidener avait commencé ses liaisons royales par une intimité passagère avec la reine Louise de Prusse, puis avait parcouru r Allemagne , tantôt reprenant quelques habitudes mondaines , tantôt séjournant chez les frères Moraves, tantôt prêtant l'oreille à l'illuminé JungStilling (1 ', et prêchant avec lui les pauvres habitants des belles vallées du Danube et du Rhin. Sans plus de génie dans la doctrine que tous les sectaires d'Allemagne, d'Angleterre ou des Etats- Unis, elle avait cependant l'originalité de son sexe, de sa naissance, de brillants succès sur un autre théâtre et d'un langage qui , sans porter jamais le sceau de la sim-

(i) Jung Stilling avait été habile oculiste , était devenu l'un des théosophes allemands qui témoignaient le plus d'intérêt an sort des masses et avait été fixé à Baden en qualité de conseiller aulique par le grand-duc Charles -Frédéric. C'est dans la maison même de Jung Stilling que M'"" de Krùdener s'était établie en arrivant à Carlsruhe.

plicite, respirait quelquefois eucore le charme romanesque de Valérie. A la petite cour de Baden, M'"^ de Krûdener se retrouva la descendante d'un des plus illustres serviteurs de l'Empire et la veuve d'un ambassadeur de Russie ; à ces titres, elle pénétra aisément dans la familiarité de l'Impératrice. Ses regards s'arrêtèrent en même temps sur la jeune favorite qui l'accompagnait. Soit sympathie sincère, soit calcul, M"^^ Je Kriidener prit APe Stourdza pour contîdente des pensées qui agitaient son âme et qui toutes gravitaient vers l'empereur Alexandre.

Après la pacification de la France, les souverains alliés quittèrent Paris pour Vienne, où les suivirent leurs principaux ministres , bientôt formés en congrès. L'impératrice Elisabeth partit enfin de Carlsruhe pour aller rejoindre son époux à Vienne. M"'^ de Kriidener, demeurée à Baden, continua de là les relations nouées avec Mlle Stourdza. Dans ces lettres , l'empereur Alexandre s'appelait VAnge blanc, et l'empereur Napoléon VAnge noir. Elles ne cessaient de reprocher aux hommes d'Etat de cette époque la frivolité de leurs plaisirs et l'imprudence de leur politique. Ce ton austère, qui contrastait étrangement avec celui du monde dans lequel vivait alors Mlle Stourdza, faisait prendre aisément le change sur le fond des idées et portait les cœurs purs et élevés à confondre quelquefois sans trop de sévérité la déclamation et l'éloquence.

M"" Stoiu'dza ne cacha point cette correspondance à l'Impératrice qui, toujours désireuse de rappeler son mari à des sentiments plus graves, s'empressa à son tour de la lui communicfuer. M^ne de Krùdener, ainsi encouragée,

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