‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 44 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

redoubla ses appels à la vie chrétienne , et s'enhardit bientôt jusqu'à la prophétie. Le 27 octobre 1814, elle écrivait de Strasbourg :

« Non, la coupe empoisonnée oii s'abreuve la tourbe

ne vous tentera pas Je vous parle avec force,

mais je vis au pied de la croix. Les événements de la vie se pressent, les visions des temps, la voix des apôtres, les miracles que mon Dieu prodigue à l'indigne créature qui vous parle , tout excite ma conscience à vous parler avec cette force. Il n'est plus temps de balancer. Que le peuple des vertiges s'amuse, il n'a que ce triste plaisir !

)) L'ange qui marquait du sang préservateur les portes des élus passe, le monde ne le voit pas; il compte les têtes, ' le jugement s'avance , il est prêt , et l'on s'agite sur un volcan, iXous allons voir la coupable France qui, selon les décrets de l'Eternel, devait être épargnée par la croix qui

l'avait soumise , nous allons la voir châtiée

Ces lis , que l'Eternel avait conservés , cet emblème d'une fleur pure et fragile qui brisait un sceptre de fer, parce que l'Eternel le voulait ainsi, ces lis qui auraient dû appeler à la pureté, à l'amour de Dieu, à la repentance , ont paru pour disparaître ; la leçon est donnée t't les hommes , plus endurcis que jamais , ne rêvent que tumulte. Ah ! plaignons ces hommes du torrent ! Ils sont dans d arides déserts ; ils sont jetés par leurs passions sur un océan orageux , où ils contemplent les naufrages des autres sans vouloir éviter le leur... Peut-on danser et se revêtir de riches draperies (1) quand de sombres haines

(1) Un des plaisirs los plus à la mode à Vienne durant la lenue du Congrès était les tableaux vivaiils.

lis MADAME SWETCHINE.

déchirent le genre humain ? Quoi ! ces fêtes audacieuses qui sortent du deuil des nations et les y replongent ne vous épouvanteront-elles jamais ? »

A ces paroles qui planaient sur toute l'Europe M'"^ de Kriidener ajouta bientôt des paroles plus précises en ce qui concernait sa mission spéciale près de l'empereur Alexandre :

« Aimer, c'est pour moi former aux choses saintes

» Vous voudriez pouvoir me parler de tant de grandes et profondes beautés de l'àme de l'Empereur. Je crois en savoir déjà beaucoup sur lui. Je sais depuis longtemps que le Seigneur me donnera la joie de le voir. J'ai d'immenses choses à lui dire , car j'ai beaucoup éprouvé à son sujet ; le Seigneur seul peut préparer son cœur à les recevoir (1).

» J'ai à Vienne un vieux pécheur qui me

tient au cœur; j'en ai partout. C'est le prince de Ligne. Il m'appelait la sœur grise des cœurs, et nous nous aimions autrefois. Ti a un fond excellent. Je suis si morte à tout le monde, qu'il doit avoir peur de moi à présent comme des trépassés. Mais ses peurs ni ses rires ne me feraient rien, si je pouvais espérer de le voir venir à la vie qui sauve de la mort éternelle. Il avait des moments où sa conscience l'occupait; je sais qu'il voulait me voir catholique, et moi, je voulais le voir chrétien. »

Au moment où cette lettre était lue à Vienne par l'em-

(1) Tous ces détails et ceux qui suivent'sont empruntés à la vie de Mm" de Kriidener par M. Ch Eynard qui, dans ce travail fort intéressant, a lui-même puisé aux sources authentiques. C'est donc par erreur que M. Capefigue lait remonter à des dates antérieures les relations de M'iie de Kriidener et de l'empereur Alexandre.

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