‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 45 sur 207 · CHAPITRE V. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. H

pereur Alexandre, l'effet en fut encore augmenté par la mort presque soudaine du prince de Ligne, dans des circonstances propres à frapper Tiniagination du Tzar.

Plus la foudroyante évasion de l'ile d'Elbe approchait, plus M"* de Kriidener devenait précise et pressante dans ses avertissements ; le i fé\Tier 1815, elle répétait encore à Mlle Stourdza, l'entretenant toujours de l'empereur Alexandre :

« Oui, chère amie, je suis persuadée que j'ai des choses immenses à lui dire, et, quoi(pie le prince des ténèbres fasse tout son possible pour rempêcher et pour éloigner ceux qui peuvent lui parler des choses divines, l'Eternel sera le plus fort. »

M"* de Kriidener écrivit dans ce style à W^^ Stourdza jusqu'au moment où une révélation, dit son biographe, lui ordonna de se rendre dans un moulin situé près de Schluchtern, dans la Hesse électorale, pour y attendre la rencontre prédestinée. C'est là que vint l'atteindre, non la surprendre, la nouvelle du débarquement à Cannes et de la 1 entrée de Napoléon à Paris le 20 mars 1815.

De son côté, l'empereur Alexandre quitta Vienne pom' se rendre en toute hâte à son quartier général. En proie aux plus vives anxiétés, accablé du remords de son imprévoyance, il avait refusé de se prêter à la réception splendide préparée par les Bavarois, et n'avait accepté qu'avec peine une courte hospitalité du roi de Wurtemberg, son oncle. Dès l'entrée de la nuit, il se retira dans son appartement.

« Je respirais enfin, écrivit-il lui-même à M^i^ Stourdza, demeurée en arrière avec l'Impératrice, et mon premier mouvement fut de prendre un livre que je porte toujours

avec moi ; mais mon intelligence, obscurcie par de sombres nuages, ne se pénétrait point du sens de cette lecture. Mes idées étaient confuses et mon cœur oppressé. Je laissai tomber le livre, en pensant de quelle consolation m'aurait été, dans un moment pareil, l'entretien d'un ami pieux. Cette pensée vous rappela à mon souvenir ; je me souvins aussi de ce que vous m'aviez dit de M'"" de Kri'idener et du désir que je vous avais exprimé de faire sa connaissance. — Où peut-elle être maintenant, et comment la rencontrer jamais? — J'avais à peine exprimé cette idée, que j'entends frapper à ma porte. C'était le prince Wolkonski, qui, de l'air le plus impatienté, me dit cpi'il me troublait bien malgré lui , à cette beure indue, mais que c'était pour se débarrasser dune femme qui voulait absolument me voir. Il me nomma en même temps M"' de Krûdener. Vous pouvez vous figurer ma surprise, je croyais rêver. — M™^ de Krûdener! M™^ de Krûdener! m'écriai-je. Cette réponse si subite à ma pensée'ne pouvait être un basard. Je la vis sur-le-cliamp, et, comme si elle avait lu dans mon âme, elle m'adressa des paroles fortes et consolantes qui calmèrent le trouble dont j'étais obsédé depuis si longtemps. »

Cette apparition si opportune fut suivie d'un entretien qui ne dura pas moins de trois beures. A diverses reprises, Alexandre versa d'abondantes larmes et cacha sa tête dans ses mains. M""* de Krûdener s'arrêtait alors et s'excusait de la vivacité de son langage. — Continuez, continuez, disait l'Empereur, vos paroles sont une musique pour mon ànie. — Et, lorsqu'entîn elle lui adressa une dernière excuse en prenant congé de lui , l'Empereur dit : — Soyez sans crainte, tout votre discours s'est légi-

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