‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 47 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

entier déménageait. Mon amie, plus le corps et l'âme sont malades, et plus un climat tempéré paraît désirable ; se sentir découragée au milieu d'une natm-e glacée, c'est sentir la mort au dedans et au dehors de soi. »

« Ah! de combien de soins et d'inquiétudes votre bonheur me dédommagerait î c'est alors que vous auriez tout fait pour moi. Mais nous ne pouvons rien faire, nous autres pauvres créatures, ni pour nous, ni, ce qui est pis, pour les autres, cpi sont plus que nous. jNous sommes jetés dans la vie comme des malfaiteurs, pieds et poings liés ; mais plus notre insuffisance est grande, plus nos mouvements sont entravés et plus le grand ressort de la grande montre agit. C'est quand nous sommes aussi immobiles que le bloc de marbre entre les mains du statuaire que l'action du suprême ouvrier commence. On m'a souvent raillée de ce qu'on appelle mes familiarités avec le bon Dieu; mg,is, partant du principe que nul être qui aime n'offense par sa confiance, il est très vrai que je le prends à part pour lui raconter mes peines, mes plaisirs, mes souhaits, comme mes regrets. J'appelle cela le tête-à-tête par excellence* et je plains ceux qui n'y verraient qu'un monologue. Eh bien! ce tête-à-tête avec le meilleur des pères, je le recommençai cent fois depuis hier; votre pensée, chère Roxandre, se trouvait eu tiers et alimentait mon bavardage .

» Combien de confiance, de consolations pour vous et pour moi n'y ai-je pas recueilli! Et pourquoi ne puis-je vous les faire passer telles que je les éprouve ! Elles m'ont fait sourire du sourire du bien-être, et j'en suis vraiment ranimée. »

(( Pendant cjue je vous écris, on donne une

sérénade sous nos fenêtres à l'intention de je ne sais qui. Les voix , les fifres , les instruments à vent font succéder alternativement leurs différentes harmonies ; la rivière est parfaitement calme , lair doux, la porte de mon balcon est ouverte, et de temps en temps je pose ma plume pour m'enfoncer dans mon fauteuil et rêver un moment. Dans un intervalle de silence, lliorloge de la forteresse a sonné une heure, et semblait me dire qu'il était temps de m'ai - 1er coucher. Je Tai bien mal entendue, car me voilà vous écrivant encore. Ma lettre n'en partira pas davantage ; si je veille, vous n'y êtes donc pas même pour un prétexte, je ne parle que pour moi. Il y a plus d'une heiu-e que le comte de Maistre, d'un ton plein d'autorité, m'envoya coucher. Il me traite comme Basile ; il me dit que j'ai la fièvre, et cependant il n'en est rien ; je n'ai qu'un gros rhume qui m'enroue horriblement et me fait beaucoup tousser. »

« .... Je connais déjà M"" de Krtidener, Jung, etc., comme si je les avais vus. Mais la plus intéressante des connaissances que vous m'avez fait faire est celle de M. Podier (1)^ d'abord par la raison que vous savez, et qui émeut en moi une corde sensible, et puis par ce trait que vous me citez de dévouement pour son jeune élève, qui a achevé de lui gagner mon estime. J'ai assez de goût pour la métaphysique, même mystique, mais une seule action comme celle-là , faite de premier mouvement . me

(1) M. Poilier avait été instituteur du jeune prince Wasa, et lorsque la couronne fut définitivement enlevée à l'ancienne maison de Suède en faveur du général Bernadotte, M. Poilier redoubla de dévouement envers le prince dépouillé.

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