‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 52 sur 207 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

loureux succès. Je crois que ce sujet si intéressant sera bien souvent celui de nos entretiens , et je suis bien sûre que si toutes nos opinions ne s'harmonisent pas , le point de départ et le but étant le même , une divergence momentanée ne nous désunira jamais. C'est si bon et si utile de marcher appuyées l'une sur l'autre, les bras entrelacés, vers cette région qu'on ne peut appeler inconnue.

» Mon amie , encore une fois , serait-il possible que la vivacité de nos discussions dégénérât en aigreur, ou bien qu'elle prît sur notre affection si parfaitement mutuelle ? Pour le craindre seulement , il faudrait que je visse vous et moi tout à fait autres que nous ne sommes. Rien n'est plus éloquent et plus entraînant que tout ce que vous me dites sur les progrès si rapides des impressions qui vous dominent aujourd'hui. On doit aisément être séduit par cette étendue immense que le système que vous adoptez offre à la pensée délivrée de ses entraves , errant au gré de ses désirs dans l'immensité des choses créées et invisibles ; mais dans cet essor de l'esprit qui est peut-être le plus haut point de sa culture, voyons-nous comme vous le voyez retracé le caractère imprimé à la religion dès les premiers temps du christianisme ? J'y vois une seule route uni([uement approuvée et toute espèce de déviation sévèrement désapprouvée; j'y vois l'imagination et ses rêves les plus brillants redoutés comme la source et les effets de l'illusion ; une soumission sans bornes à ce qui est établi d'un commun consentement ; un respect pour la tradition presqu'égal à celui qu'inspiraient les saintes Ecritures , et une parfaite conformité d'opinion avec tous les véritables chrétiens par les liens d'une fraternité pleine de charité sans faiblesse. Non, non, mon amie, ma foi

lU MADAME SWETCHINE.

n'est pas assez mal assurée pour que je craigne d'approfondir les bases sur lesquelles elle repose. Je dis comme vous, la religion chrétienne est non-seulement la religion de l'amour, mais encore celle de la science. Plus je m'instruis, plus je réfléchis, plus je vis de la vie de l'àme enfin et de la pensée , et plus je crois. Mais je ne sais si toute espèce de science, en s'unissant immédiatement avec elle, lui est véritablement utile ; si elle ne nourrit pas notre orgueil qui fait pâture de tout, et si, quand on a trouvé la foi , la foi véritable , il n'est pas plus sage d'en faire doucement germer les vertus dans notre cœur, que d'exposer notre esprit à s'égarer dans le labyrinthe de ces idées, presque toujours ingénieuses, mais que la foi humaine peut-être a seule divinisées. Et moi aussi, chère amie, je me suis enfoncée dans des études dont le but est le même; je me tiens le plus que je puis à la grande route, là où on a moins besoin de ce fil d'Ariane que vous trouvez en vous-même. J'avance péniblement à petites journées, n'ayant pour toute consolation que le sentiment de la ferme volonté que j'ai de connaître et d'aimer toujours de plus en plus la loi de ce Dieu de miséricorde, en qui nous avons tant besoin d'espérer. Mon amie , qu'il me sera doux d'unir mes espéra: 'ces aux vôtres, de les nourrir ensemble! Ah ! ([ue nous vaudrons mieux, et pour le ciel et pour la terre, lorsque nos âmes se pénétreront de la bienfaisante douceur de s'épancher l'une dans l'autre !

» Pardon, ma bonne chère Roxandre, d'avoir tardé de plusieurs jours à vous envoyer cette autre petite lettre du comte de 3Iaistre; il ne me pardonnerait jamais ce retard ; mais comme vous, vous me pardonnez tout, gardezm'en le secret. Je vous serre contre mon cœur. »

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