CHAPITRE V. U
» Quand on est né au sein du christianisme, n'est-ce pas là la raison suprême, et les plus élevés en vertus et en talents ne feraient-ils pas sagement de prendre à ma pauvre femme et sa réponse et le sentiment profond qui se peignait sur son visage et semblait la lui dicter? Je pense comme elle aujoiu-d'hui, et qui sait si demain je ne serai pas troublée par des spéculations semblables et dont on a tant éprouvé le peu de fruit ! »
« Ma bonne amie, la curiosité est aussi puissante qu'elle est ancienne, et vous excitez la mienne au point de me faire comprendre Eve plus que jamais. Je ne sais si j'aurai le courage de naviguer avec vous en pleine mer, mais ce qu'il y a de sur, c'est que si je ne puis vous retenir au port, je vous suivrai de mes vœux. Ne sont-ils pas de ceux qui obtiennent que tout vienne à bien ? J'ai craint quelquefois que votre imagination ne s'exaltât trop dans l'atmosphère où vous vivez, et que si les vérités des hommes supérieurs que vous admirez n'étaient pas purgées d'ert'eurs, vous ne les prissiez avec les vérités. Mais je me rassure en pensant à votre bon esprit cpie préserve toujours le respect dû aux choses qui se trouvent placées hors du cercle où s'agite l'esprit humain. La foi antique
nisés en une immense affiliation de quinze millions d'hommes. Us réclament ardemment la liberté de conscience. Pendant la guerre de Crimée, leurs sympathies pour les alliés étaient manifestes ; les nouvelles de Sébastopol étaient souvent connues parmi eux avant que les journaux officiels ne les publiassent.
On voit par la réponse de cette femme à Mme Swetchine que ceux qui ne partagent pas leurs opinions les traitent à leur tour de novateurs et se considèrent comme les vrais vieux crovants.
est par cela même la foi positive, puisqu'elle a traversé les siècles sans s'altérer. Voilà le tronc qu'il faut tenir fermement embrassé, sans défendre à ses regards de porter au loin leurs recherches. Tout ce qui est vrai se combine toujours avec une vérité divinement révélée, universellement répandue, et l'alliage se manifestera comme tel par cela seul qu'il s'en détachera. »
« J'ai toujours oublié de vous dire que j'avais beaucoup vu le prince Ypsilanti et sa famille. Le père m'a paru, ainsi (ju'à tout le monde, un homme de beaucoup d'esprit, rempli de connaissances et que le contraste de son vêtement oriental et de ses manières tout européennes rendait piquant. Mais je vous avoue que, disciple de Lavater, purement d'instinct, d'instinct aussi je ne me serais pas sentie disposée à lui accorder une confiance illimitée. Quelque chose de scrutateur dans le regard, de pénétrant sans être sensible, d'incertain et de douteux dans l'expression de la physionomie qui est bien véritablement l'accent de la figure, m'eussent tenu siu* la défensive quand j'aurais eu de bonnes raisons de n'en pas rester là. Je fis sur lui plusieurs épreuves que je vous conterai quand nous serons ensemble et qui avaient toutes pour but de me démontrer jusqu'à quel point la bonhomie, une franchise simple pouvaient surprendre et démonter la finesse, la subtilité et toutes ces qualités auxquelles l'esprit se confie. Quant à son lils aine, qu'on nomme Alexandre, je crois, il m'a complètement plu : on n'est ni plus modeste, ni plus loyal. Je serais bien tronqjée si ce jeune homme n'avait pas autant d'iionneur que d'honnêteté; parfaitement simple, sans nulle jactance, son air calme et un peu triste lui a valu plus de