CHAPITRE V
ft me donne pour elles l'éloignenient le plus invincible. Je ne sais si les rêveries des nôtres s'accordent avec celles de -M'"'' de Kriidener et de Jung ; je n'en connais que les caractères généraux ; mais si l'esprit des vôtres est inquisitif et rétréci, il ne serait pas impossible que des fruits semblables fussent portés par le même tronc. »
« Quant à moi, mes petits maux habituels
sont encore diminués par l'air pur que je respire et Tindépendante existence qu'on mène à la campagne. Si la nôtre était seulement agréablement située, je m'en accommoderais parfaitement. S'il n'y a pas de natm'es entièrement muettes, il est sur qu'elles ne parlent pas également à notre àme; voilà pourquoi j'avais si envie d'une ou deux chambres dans les attenances des palais des rois. Pour première condition, il me faut un bel endroit qui ne m'appartienne pas, car la propriété, qui entrahie tant de peines après elle, me ferait renoncer à ce repos de quiétiste que je voudrais ne voir jamais interrompre par les chocs de la vie. Je ne sais si je puis en faire l'aveu et s'il ne me nuira pas auprès de vous, mon amie, dont les champs, les prairies, les bois, etc., ont subjugué l'imagination et l'ont idyllisée; mais, avant de réussir, il faut vouloir être vrai. Je vous avoue, en rougissant de mon peu de simplicité de goût, que je n'en ai aucun pour la campagne. Je n'aime ni planter, ni semer, ni cultiver, ni embellir, et je ne me sentirais bien que dans un endroit où tout se planterait, se sèmerait, s'embellirait sans ma participation : recueillir me convient fort. Dussé-je passer cent ans dans un même endroit, je n'y laisserais pas trace du séjour dune créature intelligente. Je voudrais que la végétation voulût ])ien se passer de moi, A
que tout se fit par magie, sans rien soumettre à mes lois. Rousseau, avec ses folles rêveries dans les bosquets de Montmorency, dont il était assez heureux pour n'être pas le propriétaire, est une espèce de moule, qu'avec son génie de moins, j'ai bien peine à éviter. »
« L'univers, a dit quelqu'un, n'est que la
figure d'une grande pensée. Il me semble impossible de douter que l'unité n'existe pas entre le monde moral et le monde physique ; celui-ci n'est que la manifestation de l'autre, l'étui qui en conserve toutes les formes, et qui en a pris tous les contours. Mais ce qui me paraît un peu hasardé, c'est de croire cpe la perfectibilité indéfinie de l'être, pris séparément ou collectivement, pourrait être le résultat des progrès faits dans cette voie, que, par elle, on arriverait à avoir la clef du grand livre, et surtout qu'une vérité religieuse de plus pourrait être ajoutée à l'ensemble des vérités révélées. L'homme peut se perfectionner autant que sa nature l'en rend susceptible, bien plus par l'action que par la spéculation, dont les grandes hauteurs ne lui apprendront jamais au-delà des préceptes sublimes contenus dans la simple Oraison dominicale. La clef du grand livre est toujours une manière de pierre philosophale, et, quant à la religion, par cela même qu'elle est divine, elle a dû être parfaite dès le commencement. On n'ajoutera ou l'on ne retranchera rien à la foi de Nicée , sans corrompre la religion au lieu de la perfectionner, et il semble qu'il ne doit pas nous être difficile, dans les temps où nous vivons, de chercher la règle de notre croyance dans un temps où tout était miracle, sainteté, vertu et sacrifice. Voilà, ma bien chère amie, ce que je pense sur ce sujet important, sans m'élever