CHAPITRE V. U
contre ceux qui ne pensent pas de même, et même sans me refuser le plaisir d'étudier les systèmes les plus divergents entre eux. Parlez-moi toujours de ceux qui vous frappent, mais, je vous en conjm^e, prenez garde de vous laisser entraîner par eux. Songez combien notre foi est pure, combien elle est belle, et que toutes les carrières étant ouvertes à une belle imagination comme la vôtre, vous devez d'autant plus vous fermer celle-ci par la soumission. Ne mettez pas au dogme une indifférence qui serait vraiment coupable ; songez à ce que serait devenue la religion si les premiers fidèles n'en avaient pas précieusement conservé le dépôt.
» Mon mari est enfin revenu de Moscou oià il a été très malade, ce qui m'a donné bien de l'inquiétude, quoique je ne Taie su qu'après coup. »
« Votre retour, quand aurai-je à en remercier Dieu ? Rien n'est si contredit que toutes les nouvelles que l'on nous donne à ce sujet, et j'attends avec anxiété la détermination qui suivra probablement le passage de l'Empereur à Municb. Si les affaires politiques s'enlacent davantage , qui peut prévoir le terme à tant de difficultés inextricables ? Mon naturel effrayé frémit à l'approche d'une lutte qui, si elle commence, peut se prolonger beaucoup, quoique son issue paraisse certainement favorable. L'état de suspension dans lequel nous vivons est bien pénible ; on ne peut plus offrir à Dieu que son incertitude et le sentiment confus de ses craintes. Nos propres besoins les appellent, car, dans ce bouleversement qui a atteint tous les points de l'univers , il ne faut pas croire qu'une de ses parties soit restée parfaitement saine au milieu de la corruption générale , ni inébranlable sur ses