CHAPITRE I. H
jeunesse, de la frivolité dans les goûts, mais de la grandeur dans l'imagination, une constante préoccupation de plaire et de séduire, suggéraient à Catherine d'incessantes entreprises , souvent plus apparentes que réelles, mais toujours vastes et fastueuses.
Cependant cette haute prospérité ne fut pas exempte de troubles et de menaces. Un simple Cosaque, Pugatchef , conçut le hardi projet de se faire passer pour Pierre III , souleva des régiments , des provinces et ne put être vaincu qu'aux portes de ^loscou. L'impérial captif de Schlusselburg , le jeune Ivan YI fut poignardé par ses gardiens qui en avaient d'avance reçu l'ordre, au moment où une tentative couronnée d'un premier succès, allait le placer à la tête d'une insurrection militaire. Ces orages apaisés, la cour retentissait encore de ceux qui s'élevaient entre les favoris. Grégoire et Alexis Orlof , supplantés par Potemkin . élevaient tour à tour leurs cabales jusqu'à la hauteur d'un péril. Chaque ambassadeur en entretenait son souverain comme de l'événement qui exerçait l'influence la plus directe sur la politique de la Russie.
L'Impératrice mandant un jour le comte Alexis Orlof, lui adressa ces mots (1) : « Devenez l'ami de Potemkin, obtenez de cet homme extraordinaire qu'il soit plus circonspect dans sa conduite , plus attentif à remplir les devoirs des grandes charges qu'il occupe , et qu'il cesse de me tourmenter en retour de l'estime et de l'amitié que j'ai
(1) Ces détails et ceux qui suivent sont empruntés au livre très curieux et très authentique intitulé : La cour de Russie il y a cent ans. Berlin , 1858.
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pour lui. Que je vous aie encore cette obligation ; oontri- Iniez à ma félicité domestique , comme vous avez contribué à Téclat et à la gloire de mon règne. — Vous savez , .Madame , répondit le comte Orlof , que je suis votre esclave, ma vie est à .votre service. Si Potemkin trouble la paix de votre esprit, donnez-moi vos ordres , il disparaîtra immédiatement, vous n'entendrez plus parler de lui. Mais que je rechei'che l'amitié d'un individu que je méprise , je n'y puis consentir. » L'Impératrice fondit en larmes , le comte Orlof se retira , mais il revint quelques minutes après et ajouta : « Je sais, Madame, à n'en pas avoir de doute, que Potemkin n'a aucun attachement réel pour Votre Majesté ; qu'en toutes choses il consulte seulement son propre intérêt , que son unique talent supérieur est la fourberie, qu'il cherche par tous les moyens à distraire Votre Majesté des affaires, et à vous endormir dans une sécurité voluptueuse, afin de s'emparer de l'autorité souveraine. Si vous voulez être débarrassée d'un homme si dangereux , ma vie est à votre service ; mais si vous voulez temporiser avec lui , je ne peux vous être d'aucune utilité. » L'Impératrice avoua au comte Orlof qu'elle était convaincue de tout ce qu'il disait de Potemkin, mais elle ajouta « qu'elle ne pouvait même soutenir la pensée de procédés si violents. » Cette conversation était, peu de jours après, répétée à Potemkin et le comte Orlof recevait l'invitation de s'éloigner.
Peu après, c'était du frère d'Alexis Orlof que s'occupait la correspondance des and^assadeurs. Le prince Grégoire ( Irlof venait de tomber en démence; cet événement causa à l'Impératrice le plus profond chagrin et l'on constatait (ju'à aucune époque de sa vie elle n'avait paru aussi pé-