‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 7 sur 207 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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nihlement affectée que par l'accident soudain (]ui frappait son plus ancien favori. Elle ne voulut admettre pour sa euérison ni réclusion . ni ré2;ime ; elle le recevait à toute heure . de quelque importante affaire qu'elle fût occupée. Les discours incohérents du prince Orlof la laissaient dans un tel trouble, que de tout le reste du jour elle ne pouvait rendre son attention à quoi que ce fût. De temps à autre, et en présence de tous les témoins que le hasard pouvait réunir. Orlof s'écriait qu'il avait attiré sm' lui le jugement du ciel et que c'était le remords qui lui enlevait la raison.

Ces agitations expiatrices secrètement attachées par la Providence aux fautes momentanément impunies , nous ont conduits à la fin de l'année 1782, époque de la naissance de M"^ Swetchine. A cette date, le crédit officiel de Potemkin avait atteint son apogée.

En même temps, et dans une région plus calme, l'Impératrice appréciait l'esprit et les services de quelques hommes distingués auxquels était remis le soin de sa correspondance privée, de ses intérêts les plus proches. De ce nombre fut M. Soymonof. Elle lui confia , avec un titre élevé dans la hiérarchie administrative, les fonctions de secrétaire intime.

M. Soymonof quitta Moscou pour venir remplir cette charge qui lui donnait un appartement dans le palais impérial. Son esprit était grave et cultivé, ses manières et son visage respiraient la noblesse. Ses traits, fidèlement conservés sur un camée, semblent ceux d'une tète antique. Son père, Théodore Ivanowitch Soymonof, était lui-même un homme distingué. Il avait été élève à l'école navale instituée par Pierre-le-(irand ; il avait complété son éducation

a MADAMK SWETCHINE.

en IktUaiule , avait subi un Jjrillant examen en présence du tzai' et accompagné ce prince dans plusieurs de ses cam pagnes> notamment dans celle de Perse. On a de lui la première des('ri})tion de la mer Caspienne et un journal t{ui contient des données précieuses sur les contrées qu'il avait parcourues et les événements dont il avait été témoin. L'impératrice Anne l'exila en 1740 ; rimpératrice Elisabeth le nomma gouverneur de la Sibérie où il avait été prisonnier. Il mom'ut sous l'impératrice Catherine, eu 1780, presque centenaire, et entouré d'une considération universelle, deux ans avant la naissance de sa petite-lîlle.

M'"'' Swetchine reçut avec le baptême grec le nom de Sophie qu'avait porté l'Impératrice avant celui de Catherine. Les occupations de courtisans n'empêchèrent point M. Soymonof de consacrer des soins assidus à l'éducation d'une tille qui demeura durant dix années son unique enfant. Frappé des progrès de cette jeune intelligence , il mêla bientôt l'orgueil paternel à la plus tendre prédilection. La jeune Sophie manifestait une égale aptitude aux langues , à la musique et au dessin ; une cjualité singulière dans un enfant se développa au même degré : la fermeté de caractère.

Elle désira une montre avec l'ardeur qui perçait déjà dans tous ses mouvements ; son père la lui promit. Les jours d'attente se passèrent sans sommeil, et en proie à une fiévreuse préoccupation. La montre fut reçue et portée avec des transports de joie, puis, tout d'un coup, une autre pensée saisit la petite Sophie : Il y a quelque chose de plus beau qu'une montre , se dit-elle , ce serait d'en faire volontairement le sacrifice. Aussitôt elle court vers

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