CHAPITRE VII
On a vainement cherché dans les papiers de M"® Swetchine un récit, un souvenir précis de sa conversion au catholicisme. Sa répugnance à parler d'elle et surtout à se donner comme exemple l'en a sans doute détournée. Un motif qui prend sa source dans la même vertu s'y est certainement joint aussi. Avec une sincérité, une profondeur de foi que pas un instant de sa vie n'est venu démentir, M"^ Swetchine n'a jamais attribué qu'à la pure grâce de Dieu tout ce qui exista de bien en elle.
Nous aurions donc été privés de toute trace du jour le plus solennel et le plus précieux de sa vie , si son invariable habitude de mêler à ses caliiers de lecture quelquesunes de ses intimes pensées n'avait accidentellement surpris et fixé une confidence. En effet, dans le dixième volume de ses recueils d'extraits, sans préparation ni indication quelconque, on lit :
« Campagne Bariatinsky, 1815, 31 août.
» Jour heureux où les ténèbres de mon esprit se sont dissipées quelque peu au fiat hix cpi'une voix céleste fait résonner au plus profond de ma conscience. La clarté sans nuage ne la pénètre pas encore, mais le rayon précurseur qui la découvre me montre aussi à moi-même la route que je dois suivre. Mon Dieu ! vous m'accordez autant de grâces que j'y opposai jamais d'obstacles! Mon Dieu! que votre volonté soit faite! Apprenez-moi non-seulement à m'y soumettre, mais à l'aimer, à la chérir, à la prendre pour Tunique guide de mes actions et de mes pensées! Je vous dois aujourd'liui les premiers moments de bonheur que j'aie goûtés depuis nombre d'années; vous le rendrez durable, ô Père des miséricordes! ce bonheur que je vous dois, pour m'encourager au sacrifice et me donner la
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force de l'accomplir. Inspirez-moi . c'est votre vérité que je cherche, c'est votre vérité que je crois avoir trouvée, c'est votre vérité que j'adore. Si je m'égarais, ah ! plutôt la mort ! qu'un miracle de votre bonté me remette dans la situation d'esprit d'où j'ai lieu de croire qu'un miracle m'a fait sortir. Mon Dieu! prenez pitié de mes troubles passés, de mes souffrances presque effacées aujourd'hui et des espérances qui consolent mon cœur dans ce moment! Je me sens heureuse; oui, je le suis. Cet état serait-il passager? Serais-je condamnée à perdre la foi qui me pénètre, et à retomber dans le vague et l'incertitude? Sans doute, je l'aurais mérité ; mais, ô mon Dieu ! est-ce à nos mérites que vous proportionnez vos grâces, et ne les faites-vous pas infinies comme vous-même? Je me jette dans vos bras, je vous implore, je vous offre et mes larmes et ma joie ; daignez achever de m'éclairer, m' inspirer le désir de ne plus vivre que pour vous et la force dont j'ai besoin pour n'en plus être détournée. C'est au nom de votre fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, que je vous le demande ; c'est par sa croix et sa mort que j'espère l'obtenir. — Mardi, 1 1 heures et trois quarts. »
Enfin, une note du même genre, égarée dans un cahier informe et qui ne fut pas même jugé digne de la reliure, nous apporte un second renseignement. Cette note est ainsi conçue :
« Ma dernière communion grecque, le 29 juin 1815, dans la chapelle de Péterhof, avait été faite dans le but unique de voir dissiper les hésitations qui me restaient encore : le bon Dieu ne se méprit pas au choix du moyen, et le 27 octobre (8 novembre) de la même année je faisais mon abjuration.