‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 79 sur 207 · CHAPITRE VÏÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÏÏI

OrXASIOX POUR MADAME SWETCHINE DE PROFESSER PUBLIQUEMENT LA FOI CATHOLIQUE. — DÉPART POUR LA FRANCE.

L'empereur Alexandre, de retour dans ses Etats, y avait reparu avec des impressions salutaires et nouvelles. Tout avait remué son âme dans cet intervalle de peu d'années : les grands désastres et les grandes victoires, les grandes douleurs et les grandes joies, un triomphe personnel inouï des épreuves intimes et amères. 11 était impossible que Dieu ne se fit pas jour à travers ces voies qui sont toujours les siennes. Séduit d'abord, fatigué bientôt par les prédications incohérentes et stériles de M"^ de Kriidener, l'Empereur était revenu cependant plus régulier et plus sérieux dans sa vie privée, plus religieux en théorie, mais plus troublé et plus incertain que jamais dans la pratique. Les grandes vertus des nations catholiques cpi'il venait de voir de près, la constance héroïque I. 13

des Espagnols, raiigélique [nireté du souverain pontife Pie YII, les nobles et sympathiques qualités delaFraace, tout avait été occasion de réfléchir sur lui-même, sur ses ancêtres, sur son pays. Cependant il hésitait encore à porter le fer dans la plaie qui se révélait à lui de toutes parts. Comme presque tous les souverains, et surtout comme les souverains absolus, il avait à lutter contre les préventions et les passions intéressées de son entourage. Les hommes politiques de la Russie combattaient en faveur de ce qu'ils appelaient la tradition nationale; les hommes légers s'affligeaient ou s'ennuyaient de voir leur maître, et par conséquent leur modèle, incliner vers ce qu'ils nommaient le mysticisme; les amis les plus proches d'Alexandre qui, comme lui, étaient aptes aux impressions vives ou sérieuses, s'étaient adonnés aux sectes allemandes, s'étaient atfdiés aux sociétés bibliques, ou rêvaient la régénération de leiu* patrie par l'action et la transformation des loges maçonniques. Ainsi tous, hommes d'état , hommes de plaisirs, hommes d'imagination arrêtaient et contrariaient l'Empereur dans ses tendances vers la vérité.

Les catholiques se trouvaient donc plus que jamais en suspicion à la cour de Russie, et M"" Swetchine crut de son devoir, dans le premier moment, de sacrifier à ceux qui lui étaient chers la profession publique de sa foi. Son abjuration se fit en secret. Sa première confession fut entendue par le P. Rosaven, dans un salon dont les portes étaient demeurées ouvertes, et avec la terreur d'être à tout moment surprise.

Elle se croyait pour longtemps vouée à ce pénible mystère, lorsqu'un mouvement spontané et généreux lui fit

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