CHAPITRE IX. -2-2H
bonnes feuilles à répondre à des détails étrangers à nous deux. Ce qui ne l'est pas, ce qui tient de bien près à mon cœur, c'est votre retour. Ne cherchez pas à dissimuler la part que je puis y avoir, ni faire ma part de reconnaissance plus légère • j'accepte tout, et je suis égale à tout, puisque je vous aime. Au commencement de notre connaissance je ne voulais pas de vos sacrifices, parce que je ne savais pas si je vous aimerais ; mais, à présent, je les demanderais ces sacrifices, puisque je suis prête à les faire. Je vous verrai donc, chère amie, dans un an moins six jom's. Souvenez-vous de cela, ne me donnez pas un terrible mécompte. J'irai au devant de vous où vous voudrez, nous passerons un peu de temps ensemble : j'y voudrais passer ma vie. Je ne vous ai pas écrit depuis quinze jours, parce que je suis dans l'anxiété et que j'espérais en être tirée et vous dire quelque chose de positif. »
Ici M""" de Duras entre dans le détail intime de ses projets de mariage pour sa fille Clara, puis elle reprend :
« Peut-être ma première lettre vous dira-t-elle quelque chose de positif. Je vois que celle que j'ai envoyée à Just de Noailles (1) pom' vous, ne vous est pas parvenue. La poste vaut mieux de toutes façons; je ne me soucie pas que Pozzo lise ces détails.
» Nos petites soirées ont recommencé. Vous manquez là à tout le monde ; à moi vous me manquez partout, et plus en ce moment que jamais. M. de Humboldtest en Angleterre depuis quinze jours ; il aura été témoin du deuil
(1) Just de Noailles, prince de Poix; il était alors ambassadeur à Pétersbourg.
alfreux où la mort de cette pauvre jeune princesse a plongé l'Angleterre (1). C'est une belle chose que les institutions d'un pays ou une telle perte est un malheur, mais n'est pas un événement qui influe matériellement sur Texistente politique de ce pays : cela ferait seul léloge du gouvernement constitutionnel. Je crois que l'ouvrage de ^1. de Chateaubriand ne paraîtra pas ; il ne veut rien faire en ce moment qui puisse aigrir ou nuire à un rapprochement. J'ai fait connaissance avec M. de Villèle. C'est une excellente tête ; il parle un peu trop confidentiellement pour moi : je n'aime les a parte que quand ils sont nécessaires. Peut-être n'est-ce pas chez lui une affectation, je ne prononce pas encore, je ne Fai vu que deux fois, et pas tête à tête. Le duc de Richelieu et M. Laisné sont très mécontents; les autres ministres parlent d'eux légèrement, et si une réconciliation n'a pas lieu, je suis persuadée qu'ils seront chassés comme le duc de Feltre l'a été. Royer-Collard disait hier que le concordat était un crime politique et que le soutenir était une sottise politique. Voilà comment ces Messieurs se traitent entre eux, et vous savez ce qui arrive à toute maison divisée contre elle-même. Je vous parle de ces hommes tout comme si vous les connaissiez, mais vous savez si bien la France qu'on ne peut se persuader qu'aucun de ses intérêts ou de ses individus vous soit étranger. J'ai répandu une joie générale en disant votre retour. Un an moins un jom', souvenez-vous en, chère amie ; cette promesse est mon avenir.
(1) Princesse Charlotte, première femme du prince Léopold de Saxe-Cobourg, depuis roi des Belges.