‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 93 sur 207 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

» J'ai reçu une lettre charmante du voyageur (1); il me parle en détail d'Athènes et de Constantinople. Une seule petite fouille entre Phalère et le Pirée a produit deux tombeaux, deux vases, plusieurs statues et des bas-reliefs. Enfin, en quinze jours, il a fait beaucoup d'ouvrage. Je ne crois pas que son absence soit très-longue. Il a visité Constantinople, malgré la peste, enveloppé dans un grand manteau de taffetas ciré. Il a vu les Bezesteins (2), les rues, les édifices et le grand-seigneur, qui a trente-deux ans et qui est très-beau. Il dit que les Turcs l'ont coudoyé, que les Grecs lui ont souri, que les Juifs se sont prosternés devant lui, et que les tourterelles se sont reposées sur son épaule. L'abbé de Janson (3) a des moustaches superbes, il essaye tous les chevaux arabes, et il dit la messe tous les jours. Les cousins se querellent, parce que l'abbé de Janson veut gouverner M. de Forbin et qu'ils sont entêtés comme feu le Marseille (4). A propos de M'"^ de Sévigné, je vais avoir son crucifix et un petit instrument de bois de sandal qui appartenait à son écritoire. Je vous destine un des deux.

» J'ai soupe hier chez la duchesse de Luynes. M. de X. était heureux : il y avait un scandale. M""^ de J. et M. de la C. dans la même chambre ! assis à (^ôté l'un de l'autre au jeu ! M. de la C. a dit à M"' de J. : — Je suis bien aise de vour voir, — et ce pauvre homme s'est attendri. Vous

(1) M. de Forbin.

(2) Bazar de curiosités à Constantinople.

(3) L'abbé de Forbin-Janson, depuis évèque de iNancy.

(4) .Un évèque de Marseille de la t'amille de Forbin; voir les lettres de Muie^de Sévigné.

jugez de la joie de ceux qui ue viveut que des ridicules du prochain. Triste nourriture! Leur esprit n'y profite pas. Mon Dieu, la pitoyable chose que la conversation de ces grandes assemblées! C'était la première de l'année : la sottise, la niaiserie, le commérage, la frivolité étaient dans toute leur fraîcheur. On fait bien de se reposer l'été de ce qu'on appelle le grand monde. Goûter tout cela et s'y plaire serait le plus grand malheur qui put arriver à l'esprit et au cœur. Adieu, chère amie ; écrivez -moi souvent, bien souvent, afin qu'au mois de septembre nous n'ayons rien à nous dire. Nous aurons le bonheur de La Bruyère : être avec les gens qu'on aime, cela suffit. Ah ! que cela est vrai ! Ce sera le bonheur après la vie comme dans la vie, et c'est la pensée dans laquelle j'aime à me reposer.

» M. Benoist vous présente ses hommages (1) ; son fils est charmant ; M. de Richelieu ne fait rien pour lui. ;)

M"" de Duras reprend dans la lettre suivante les détails du projet de mariage de sa fille, puis elle ajoute :

« !29 janvier 1818.

» Chère amie, pardon, je me laisse aller à

vous parler de ce qui, je vous l'avoue, en ce moment m'occupe uniquement. Je n'ai pas le courage de vous parler politique. Si vous lisez les gazettes, vous en savez autant que moi. J'ai eu des nouvelles de M. de Forbin, de Jérusalem, du 20 novembre. Il doit être à présent en Egypte; je pense que nous le verrons lété prochain. Et

(1) Le comte Benoist, directeur-général sous la Restauration, père du vicomte Benoist d'Azy.

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