‹ Sa vie et ses œuvres;Chapitre 30 sur 46 · DE L'EGLISE ET DE SA FORME · texte numérisé non relu

DE L'EGLISE ET DE SA FORME

il doit répondre, entre le dessin primitif et la richesse et le nombre des matériaux? La poésie lyrique n'imprime-t-elle pas son mouvement, son accent, son rhythme à la musique qui raccompagne, et, dans le drame, la musique qui est la forme, n'est-elle pas presque servilement assujettie aux paroles, et ne sont-ce pas toujours des sons graves, tristes, joyeux et doux qui expriment les différents états de la sensibilité humaine?

Dans les omTages purement spéculatifs , dans les ouvrages où la pensée n'exploite que sa propre sphère, les caractères de l'expression ne dépendent-ils pas de la pensée même, et le mérite d'une création n'a-t-il pas pour première loi le rapport exact et étroit de l'idée avec son incorporation? Le premier choix, celui de l'idée, est toutà-fait libre; mais le choix une fois fait, les éléments qui concourent à son exécution sont déjà à peu près donnés , l'idée les portant pour ainsi dire en elle-même et requérant de l'expression une vraie et fidèle adhésion à sa nature.

Si donc il est vrai que des lois identiques, que des conditions toujours les mêmes, réalisent et

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font vivre suit une nièiiic idée, suit un même sentiment, descendus dans larène des choses visibles, comment . en transportant ces principes dans la sphère reUjiieuse, p(»uiiait-un douter quune forme arrêtée, invariable, absolue, nappartint (»as à vm svstt'iiir d'idées uiii([ue. homogène, fortement lié. (jiii navait aucun analogue sur la terre, un système qui devait s'imposer à lintelligence . concpiérir . lutter . durer à travers les siècles : durer î ce qui est bien plus que de combattre et même de vaincre. Et quand cet ordre d'idées est celui qui nous révèle Dieu, comment supposer (pif la pensée divine, en se donnant })our lumière, pour guide et pour appui à riiumanité. ait abandonné avec indifférence au caprice de cette humanité même, à ses vaines discussions, à ses choix bizarres, à son incessante mobilité, la forme par laquelle la vérité devait se faire connaître, s" imposer au monde, le pénétrer et Tembrasser tout entier? En agissant ainsi, la INdMdrncc 11 aurait accompli que la moitié de son œuvre, car an lieu de la doter des conditions de la <lurée. comme elle lavait fait pour tous ses autres

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ouvrages, elle eût abandonné le plus élevé, le plus nécessaire de tous au iiasard et à rincritihidc de secours étrangers. Elle naurait ainsi tout doiuK' aux hommes (et à quel prix'.j que jioui leur en faire perdre le tiuit. Ces mêmes vérités jetées dans le domaine de l'instabilité et de toutes les extravagances du sens propre, sans la protection d'une forme consacrée, de lois précises, de cette auréole de lumière qui désigne et couioinu' le centre du pouvoir, nauraient pu manquei' de s'obscurcir, de se diviser et de se perdre.

Dans une institution destinée à aller jusqu'à la consommation des siècles, tout devait être calculé pour la soutenir et pour larmer indélîniment. Ceux-là même qui ne voient dans le christianisme quune invention humaine, confessent que la force du système de lEglise. de son administration intérieure, de l habileté par laquelle tous les canaux où circule sa vie ont été préparés, expli- ((uent en partie sa force de résistance; ceux an contraire qui considèrent cette reuvre admirablr du e()té de Dieu . mettent simph'menl la sagesse divine à la place de Ihabilet/' humaine, et voieni

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que là, comme ailleurs, la Providence a pourvu à l'accord des moyens avec la lin qu'elle se proposait.

De quoi s'agissait-il, dans ce choix des éléments constitutifs et de leur ordonnance, de quoi s'agissait-il? Du christianisme tout entier. Les dogmes du christianisme sans indéfectibilité pour les reconnaître, sans unité pour les lier en faisceau, sans autorité pour les faire respecter, que seraient-ils devenus? Le cénacle seul pouvait continuer le Calvaire.

Je ne puis oublier, à cette occasion, un aveu arraché à l'une des intelligences les plus puissantes que j'aie rencontrées, à un homme qui, né protestant , était devenu panthéiste , et qui tarissait au service de ce système tous les trésors d'une imagination riche et féconde. Cet homme, comme il arrive communément, rejetait ou défigurait tout dans le système chrétien, mais il ne haïssait que le catholicisme, dont une des gloires est de recevoir toujours l'hommage de la haine à défaut de celui de l'amour. Au milieu d'une longue discussion , où toutes les préventions de son ancienne erreur

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avaient reparu sous la couche plus nouvelle du panthéisme, je l'arrêtai en lui demandant s'il admettait sérieusement que, la forme catholique n'ayant point existé dans le monde, il serait, à travers dix-huit cents ans de lutte, resté du christianisme autre chose qu'un système de morale, comme le portique ou le stoïcisme. Après quelques moments de silence, qui firent prendre à la physionomie de mon interlocuteur une expression que je vois encore : — Non , me répondit-il ; la durée eût manqué au christianisme comme religion; il eût simplement gardé sa place comme système de philosophie morale.

La durée, c'est le premier symptôme de la force, son caractère et son gage, et toutes deux, la force et la durée, ne se déploient vraiment à l'aise que dans l'unité. Unité et perpétuité sont presque synonymes. « Si l'homme était un, disait Hippocrate, il ne mourrait pas. » L'Eglise est une, elle survivra à la terre. Et quelle magnifique chose que l'unité dans le nombre, l'unité collective ! L'unité qui n'empêche pas l'universalité ! Ce n'est ni le glaive, ni la force coërcilive qui maintiennent

158 i»K i;k(;lisf, fj i>k sa koiimk.

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