CHAPITRE VI
Comment dans le monde et hors de ce monde tout être et toute chose, excepté l'homme, accomplit la volonté de Dieu et demeure à la place qui lui est assignée.
Marcher dans la voie de Dieu, lui apparlenii', être ce qu'il a voulu que nous fussions, et nous perdre en lui un jour, voilà nos seuls vœux raisonnables. Les autres, quand l'ordre peut les réclamer, ne sont que légitimes et permis.
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Si nous jetons un coup-d'œil sur lunivers vi^ sible et invisible, sur les êtres spirituels qui occupent au-dessus de nous l'espace qui sépare le ciel et la terre, et sur les créatures animées qui se meuvent à sa surface ou dans son sein, nous apercevons une innombrable foule d'êtres distincts entre eux de rang, de droits et de privilèges, mais tous fidèles à la réalisation de la pensée qu'ils représentent, et contents à la place qui leur a été assignée.
Renfermés dans la sphère qui leur est attribuée, ils parcourent leur carrière, et la force inhérente à chacun d'eux se déploie avec ordre et mesure dans cette régularité de mouvements en rapport avec les harmonies qui font la beauté et la majesté de la nature. Ainsi, les innombrables tribus de la hiérarchie céleste, ces immortalités heureuses qui chacune ont une bannière et un nom. ne rivalisent jamais entre elles de gloire et de préséance. Le lien direct qui les unit à leur maître suffit à leur félicité, et elles n'en cherchent pas la mesure dans une jalouse comparaison. Chacune de ces saintes phalanges chante les ma-
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gnificences du Créateur avec autant d aidcur que si seule elle était appelée à les célébrer, et les chœurs angéliques qui glorifient les béatitudes éternelles et en révèlent les transports, ajoutent à leurs joies l'adoration dont ils voudraient pénétrer l'univers.
L'amour dans le ciel veut le partage, comme sur la terre l'ardente passion veut l'exclusion ; les enfants de la lumière sont tidèles à son essence qui se prodigue sans rien perdre et se communique pour s'enrichir. Les âmes humaines passées à la béatitude céleste ont abjuré, avec toute rivalité, tous les ambitieux instincts. Ecoutons les secrets de ces âmes heureuses dans ce que nous en révèle leur chantre inspiré :
Ma dimmi : voi che siete quî fplici.
Desiderate voi più alto loco
Per più vedere^o per più farvi amiri?
Con queir alti" ombre pria sorri^e un poco,
Da indi mi risposo tanto lieta,
Ch' arder parea d'araor nel primo foco :
Frate, la nostia volontà quieta
Virtù (li carita clie fa volerne
Sol quel ch' avemo, e d'altro non ci asseta.
Se disiassimo esser più superne Foran discordi gli nostri desidori Dal voler di coliii clie qui ne cerne :
Che vedrai non capero in questi giri (1). »
« — Réponds, loi et les ombres qui jouissent «d'un tel bonheur, désirez-vous un lieu plus » haut pour mieux contempler Dieu et pour vous » aimer davantage? »
» D'abord elle sourit ainsi que ses compagnes, ensuite, aussi joyeuse que dans les feux du premier amour, elle répondit :
(( — Frère, une calme vertu de charité guide « notre volonté; elle np lui laisse désirer que ce » que nous avons et ne nous donne la soif d'au-
(1) Dante, Paradis, cliant m.
DE LA HKSIGNATION. nrys
» cune autre chose. Si nous voulions être plus » élevées, nos désirs ne seraient pas en harmonie » avec la volonté du Dieu qui nous voit ici; de » tels désirs ne sont pas admis dans les sphères » célestes. »
En descendant des choses les plus hautes à celles qui le sont moins, la nature, à tous ses échelons, reproduit ce même enseignement positif et profond. Chaque règne, chaque espèce, chaque individu de ce règne ou de cette espèce, demeure dans ses limites, sans altération, sans empiétement, et les natures diverses s'y touchent sans se confondre. XuUe part, dans la nature, de tendance à quitter les conditions auxquelles on a reçu l'être, pour en poursuivre d'autres, à dépeupler par un mouvement ascendant les rangs inférieurs : astre, océan, fleur, oiseau, tous veulent être ce qu'ils sont et proclament dans un