CHAPITRE DEUXIÈME
chants pour lui quand tu sens que tu as de la peine à supporter la mauvaise humeur des autres; pense enfin à l'amour qu'il avait pour la sainte volonté de son Père, et dis-toi que pour lui être agréable, il faut, autant que possible, ressembler à ce divin Jésus, modèle des enfants
comme de tout le monde C'est ainsi que tu
aimeras Notre-Seigneur, et que tu te prépareras à le recevoir au jour de ta première communion. »
Une des compagnes d'enfance de Sabine qui demeura jusqu'à la fin son amie, et qui, par une voie bien différente, arriva à aimer Dieu comme elle, l'a dépeinte, dans les termes qui suivent, à ce moment décisif de sa vie: « J'avais des amies aimantes, intelligentes, sympathiques comme Sabine ; mais Sabine était plus que tout cela : c'était un ange. Son sourire contenu, sur son front je ne sais quoi de sérieux où la joie de l'enfance était unie à une précoce gravité, inspirait déjà la vénération. Je ne me rendais pas compte alors de la cause de cette impression qu'elle faisait sur moi. Cette cause, c'était Dieu, ou pour dire comme elle, son Jésus qui parlait à son cœur, la rappelait incessamment au dedans d'elle-même , et contenait si bien toutes ses joies que je n'ai pas le souvenir de
l'avoir vue une seule fois entraînée par elles. » Ce sentiment constant de la présence de Dieu n'enlevait à Sabine aucun des charmes, aucune des expansions de la jeunesse. Jusqu'à la fin de ses jours, elle illumina des rayons de sa douce et franche gaieté tous ceux qui vivaient dans son intimité, et nulle mieux qu'elle ne prouva que la plus joyeuse amabilité est compatible avec la piété la plus ardente et la plus tendre dévotion. Il y a même entre la gaieté etl'innocence d'une âme pieuse une affinité naturelle et charmante ; l'une sort de l'autre comme le fruit de la fleur, comme le rayon du soleil. L'esprit original et fin de Sabine, ses vives et gracieuses saillies, sa naïveté d'enfant répandaient autour d'elle l'allégresse, et son rire éclatant et limpide jaillissait de son cœur, et montait au ciel comme une action de grâces et une prière.
Elle était aussi simple que spirituelle : je n'en veux donner qu'une preuve singulière et touchante. Un de ses frères s'étant amusé à lui dire et à lui répéter par manière de plaisanterie qu'elle était ce qu'on appelle dans le langage du monde une bonne personne, c'est-à-dire dépourvue d'esprit, frtiit par lui palper les bosses de la tête, et lui déclara gravement qu'elles dé3elaient un manque absolu d'intelligence. Elle s'étonna