‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 11 sur 116 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

de cette découverte, s'en affligea, et tout d'abord le crut. Quoi qu'il lui en coûtât beaucoup de renoncer à l'esprit qu'elle croyait avoir, elle fit de bon cœur ce sacrifice à Dieu, et lui dit dans toute la simplicité de son âme : « Eh bien ! mon Dieu, je vous offre de n'être qu'une bête, pourvu que je vous aimel » Ce ne fut que plus tard, ajoutaitelle naïvement en racontant cet incident de sa jeunesse, qu'elle reconnut qu'elle n'avait pas moins d'esprit que d'autres.

Par une contradiction étrange, cette âme si simple fut longtemps tourmentée par des scrupules, et si elle finit par s'en débarrasser, ce ne fut que par l'obéissance et l'humilité.

Dans les années qui suivirent sa première communion, cette excessive délicatesse de conscience fut pour elle une source de cruelles épreuves. Au moment d'approcher de la sainte Table, elle était assaillie par une foule de pensées folles qui la retenaient comme par les plis de sa robe, et semblaient devoir la clouer sur son priedieu. Mais l'amour de son Jésus, sol désir de la divine Eucharistie, étaient si violents, qu'ils la poussaient en avant malgré tous ses scrupules. Dès que le corps et le sang du Seigneur avaient touché ses lèvres, le calme revenait dans son âme , une paix céleste s'emparait

de tout son être, et cette communion si désirée et si redoutée à la fois s'achevait dans un pur et profond ravissement.

Il lui arrivait souvent, avant la messe, d'aller à la sacristie chercher un prêtre pour lui exposer ses troubles de conscience et lui demander des conseils. Un jour, elle revint riant aux larmes, et presque guérie; elle nous raconta qu'elle s'était adressée par méprise à un chantre dont le surplis l'avait trompée. L'étonnement de ce brave homme, son air stupéfait, puis moqueur, et sa réponse un peu brutale l'avaient couverte de confusion. Cette fois ses scrupules y restèrent et cette petite aventure, dont elle riait encore plus de vingt ans après, lui fut une profitable leçon. Une direction intelligente à laquelle elle se soumit simplement, acheva de la guérir de cette douloureuse maladie, qui ne reparut plus que par moments et sous d'autres formes ; elle en conserva, avec un souvenir reconnaissant envers Dieu qui l'en avait délivrée, le désir de préserver des mêmes épreuves les âmes que leur délicatesse semblait Y incliner. Après sa mort, on trouva dans sa cellule un recueil manuscrit des passages les plus frappants des auteurs spirituels qui ont écrit sur les scrupules, sur les moyens de les combattre. ou de les prévenir.

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