CHAPITRE NEUVIÈME
sein du Verbe Éternel, Seigneur, vous qui êtes l'enchanteur des âmes, enchantez donc ma bonne petite sœur ! Enchantez ce cœur qui est tout à vous ; venez l'investir tout entier. Je vous demande cela pour elle-même, pour toute la communauté, pour toute la famille. Je vous le demande pour vous-même, Seigneur, afin qu'elle voie que vous êtes fidèle ! Venez prouver vos miséricordes et montrez que cette âme est toute à vous 1 »
Cette ardente et sainte prière allait obtenir son effet. La nuit se passa sans accident ; bien que douloureuse, à cause d'une toux incessante, elle fut calme, même joyeuse. Après les quintes, la chère mourante reprenait immédiatement ce sourire si fin, si gracieux, qui avait toujours donné à son visage quelque chose de tout spécialement sympathique, a Ce n'est pas grand'chose, disait-elle; qu'est-ce qu'une souffrance comme celle-là ?ô mon bon Jésus, je vousaime. 1» Et elle baisait avec un amour de petit enfant le crucifix plein de reliques, que son frère lui avait confié le lendemain de son Extrême-Onction, le 29 août. Elle ne l'avait pas quitté depuis ce jour, et c'est sur cette image du Sauveur qu'elle de* vait rendre le dernier soupir. — « Entendez vous chanter mon petit oiseau ? » disait-elle à la
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bonne sœur qui la veillait (elle voulait parler du sifflement que rendaient ses pauvres poumons presque détruits) ; « le petit coquin, comme il fait du bruit! » On l'entendaiten effet dans toute la chambre.
Le matin, vers huit heures, elle entra tout à coup dans une sorte de ravissement. La présence de Dieu en elle devint si visible et si admirable, {ue la sojar envoya chercher immédiatement la mère supérieure, la sœur déposée et trois ou quatre autres religieuses. Pendant cette extase d'amour qui dura près d'une demi-heure, la bienheureuse épouse du Christ baisait son petit crucifix avec de grands transports. « 0 mon Jésus, mon Jésus, s'écriait-elle d'une voix aussi forte que si elle eût été en pleine santé, que je vous aime 1 Que je suis heureuse ! Venez bien vite, venez me prendre, me mener au Ciell Maintenant, je n'ai plus peur de mourir ; depuis trois jours, c'est fini. Je désire mourir pour aller avec vousl ô mon bon Jésus, je vais donc vous voirl Que ce soit aujourd'hui! Oui, je suis heureuse de mourir. Ha chère communauté, mes bonnes sœurs, nous ne nous quitterons pas : je serai toujours avec vous. »
Puis, avec un accent tout particulier : « Je ne vois pas bien encore ce que c'est; mais je sais