CHAPITRE NEUVIÈMF 10J
La sœur se souvint de cette parole quand un mois plus tard, le 20 octobre, elle la vit en effet partir pour le ciel.
A dater des premiers jours d'octobre, sa faiblesse devint si grande, sa respiration si haletante, qu'on dut s'attendre chaque jour à la voir s'éteindre comme un cierge dont la cire est toute consumée. Pourtant la flamme du saint amour brillait toujours dans son regard et y brilla jusqu'à la fin. Sa mère et sa sœur jumelle, admises dans l'intérieur du monastère, où elles avaient l'habitude de faire des retraites, ne la quittèrent pour ainsi dire pas, durant les deux dernières semaines de sa vie. Elles purent constater par elles-mêmes de quels soins maternels et fraternels leur chère mourante était entourée au sein de sa famille religieuse. Son frère aîné vint plus d'une fois pendant ses derniers jours la confesser et lui apporter la communion. Elle ne manqua donc d'aucune consolation spirituelle.
Le 19 octobre, on crut qu'elle ne passerait pas la journée. Depuis deux jours déjà, elle avait retrouvé dans sa plénitude ce sentiment de l'union intérieure avec Dieu, dont l'absence l'avait si cruellement éprouvée. A la manière dont elle embrassa le soir sa
mère et sa s<âur jumelle, il était évident qu'elle croyait les embrasser pour la dernière fois.
Son frère lui adressa, avant de la quitter, quelques mots de foi et de tendresse chrétienne qu'elle accueillit avec une douce émotion :
t Tu vas donc aller avec le bon Dieu? Tu vas voir Jésus face à face; tu vas voir la sainte Vierge, saint François de Sales, saint François d'Assise! Comme tu es heureuse! Je voudrais bien être à ta place ! Comme nous nous sommes aimés sur la terre, n'est-ce pas? Tu es ma petite sœur du Ciel, nous allons nous aimer encore bien davantage. »
Elle lui répondait par un sourire angélique. On voyait qu'elle savourait silencieusement la joie de sa paix et de son union retrouvées.
Cependant, autour d'elle, on demandait, on attendait plus encore. La pauvre sœur converse qu'elle avait tant aimée et qui, depuis plusieurs mois, l'avait soutenue et encouragée tout particulièrement dans ses épreuves spirituelles, voulait une manifestation de la sainteté de cette âme prête à partir et de la gloire qui l'attendait au Ciel : « Seigneur, disait-elle et répétait-elle sans cesse avec cette admirable éloquence que les âmes les plus simples puisent dans le