CHAPITRE NEUVIÈME iC
q l'un grand bien va arriver à la communauté à cause de moi. Ce sera un grand bien, mais je ne vois pas bien ce que c'est ! »
La sœur déposée, ancienne supérieure et confidente de Sabine qu'elle aimait comme son enf.'int, a dit depuis, que si ce transport avait duré encore quelques instants, la sainte mourante n'aurait pu le supporter. Craignant que la violence de son désir et de son amour n'achevât de briser sa vie, elle fit immédiatemement avertir la famille. Ses frères présents à Paris, accoururent au monastère, et versèrent des larmes en apprenant la grâce que Dieu venait de lui faire.
Vers dix heures, son frère aîné fut admis auprès d'elle. Elle était sur son lit. la tête couverte d'un voile blanc, pleine de sérénité et de joie. Son visage amoindri par la souffrance lui donnait l'apparence d'un petit enfant. L'extase était passée, mais la visite du Seigneur avait laissé dans son âme et jusque sur son visage une paix céleste qui y demeura jusqu'aux approches de l'agonie. Ses souffrances mêmes ne l'en faisaient point sortir : « Est-ce que cela trouble ta. paix ? lui demanda une ou deux fois son frère après des crises douloureuses. — Oh! non, du tout, répondait-elle doucement, seulement cela fait mal. »
Vers dix heures, elle appela son frère seul près de son lit ; elle se confessa une dernière fois des petites misères de son innocente vie et surtout des fautes qui avaient pu lui échapper durant sa longue et terrible maladie. Sa confession terminée, elle lui fit, avec une présence desprit merveilleuse , beaucoup de recommandations particulières, n'oubliant personne, ni parents, ni amis, ni même les pauvres qu'elle secourait et qui allaient perdre en elle leur seconde Providence. Elle le pria de demander pardon pour elle à la sœur infirmière, dont elle croyait avoir quelquefois accueilli les soins avec un peu d'impatience. Puis il la quitta pour aller à la chapelle chercher le Saint-Viatique. Elle indiqua ellemême comment il fallait disposer les flambeaux et le crucifix, et quand tout fut prêt, les mains jointes et la tête voilée, elle attendit son bienaimé.
Bientôt, le son de la clochette annonça l'arrivée du Seigneur. Il passa porté dans les mains de son prêtre, suivi de toute la communauté : chaque religieuse tenait un cierge allumé. Je n'essaierai pas de peindre cette scène déchirante et sublime, ce prélat aveugle élevant devant les yeux de celle qui était deux fois sa sœur le corps sacré du Sauveur, lui adressan