‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 12 sur 116 · CHAPITRE DEUXIÈME 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME 2i

Au moment où Sabine commençait cette vie nouvelle que lui avait ouverte sa première communion, un autre grand acte s'accocpHssait à ses côtés. Ce n'était pas Abraham offrant à Dieu son premier-né ; c'était le premier-né lui-même qui s'offrait à Dieu par un sacrifice volontaire. L'aîné de ses frères , attaché d'ambassade à Rome, peintre déjà distingué à vingt-deux ans, abandonna les promesses et les séductions de son art et les espérances d'un brillant avenir, pour se consacrer tout entier à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ses parents accueillirent cette résolution avec des larmes résignées, qui plus tard se changèrent en actions de grâces. Heureuses les familles auxquelles le Seigneur envoie cette grande bénédiction qu'on appelle une vocation sacerdotale ou religieuse ! Heureuses les nations dans lesquelles toutes les familles compteraient une bénédiction de ce genre ! Sabine, dont l'âme était déjà tournée du côté des choses divines, se dit-elle dès ce moment qu'elle suivrait un jour la même voie que son frère ? Dans la vocation du prêtre, entrevit-elle l'image de la vocation de la religieuse ? Elle ne l'a pas dit, et je l'ignore. Mais il est certain que ce grand événement de famille lui fit une impression profonde, et qu'au contact de cette âme chère et

bénie, elle sentit croître en elle la flamme du saint amour.

Dès lors, et quoique âgée de quatorze ans à peine, elle avait un incroyable besoin de prier. Souvent, elle quittait ses jeux et ses compagnes pour aller se recueillir dans la solitude et dans la présence de Dieu. Ses amies ne comprenaient pas cet attrait surnaturel pour la méditation et la prière, et lui reprochaient en riant les exagérations de sa piété. C'est vers cette époque qu'elle dit à l'une d'elles, non pas qu'elle se consacrerait directement à Jésus-Christ, mais qu'elle ne se marierait pas, et qu'elle se réservait pour être la gouvernante de son frère. Je ne crois pas qu'à partir de ce moment, l'idée du mariage soit entrée dans aucun de ses plans d'avenir.

On ne peut aimer Dieu sans aimer les pauvres, ceux que, dans son sublime langage, l'Église appelle les membres souffrants de Jésus- Christ. La bonté naturelle de Sabine la portait déjà vers ces déshérités de la fortune et des joies du monde. La foi fit d'elle leur amie, en attendant qu'elle devînt leur sœur et leur ^Q.rvante. Elle commença dès lors à s'occuper de bonnes œuvres autant que sa jeunesse et sa dépendance de mille autres devoirs le lui permettaient. A Paris, elle s'appliquait à trouver des vêtements

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