CHAPITRE DEUXIÈME
pour les enfants pauvres du catéchisme de la pa roisse. A la campagne, elle allait avec ses sœurs porter des secours aux familles indigentes du village. Elle fit plus, et entreprit une œuvre excellente qu'elle poursuivit pendant plusieurs années avec une touchante persévérance.
Dans un hameau voisin du château des Nouettes habitaient un paysan et sa femme, qui travaillaient pour vivre, comme chacun fait au village. Ils avaient deux enfants, un garçon qu'ils envoyaient à l'école, une petite fille qui n'y pouvait aller, à cause d'une infirmité cruelle qui la retenait au logis. La pauvre enfant, à la suite de je ne sais quelle maladie, était restée paralysée des jambes.
Sabine, émue de compassion, allait souvent voir la pauvre petite infirme et lui porter la consolation de sa présence et de son bon sourire. La pensée lui vint d'en faire davantage, de lui tenir lieu de l'école où elle ne pouvait se rendre, de lui apprendre à lire, et de la préparer ensuite à sa première communion. Elle se mit à l'œuvre sans retard, et ne l'abandonna plus qu'slle ne fût terminée. Pas un jour ne se passait sans qu'elle allât donner à son élève sa leçon accoutumée. La science entrait difficilement dans la tête de l'enfant, mais la reconnaissance entra
vite dans son cœur, et l'amour de iJieu y vint bientôt aussi par le chemin de la reconnaissance. Dans la servante de Jésus-Christ, elle reconnut le divin Maître, elle l'aima, et les unit toujours dans sa tendresse passionnée.
'Aux leçons de lecture succédèrent les leçons de catéchisme, données, expliquées et commentées avec une ingénieuse bonté qui les rendait accessibles à l'intelligence comme au cœur. Quand, après plusieurs années de travail et de dévouement, Sabine eut ainsi formé l'âme de sa chère petite protégée à la connaissance et à l'amour du divin Sauveur, elle lui fit, avec ses sœurs, des vêtements blancs pour parer son corps. L'heureuse infirme fut portée à l'église paroissiale pour y faire sa première communion, et je ne pense pas que Dieu soit jamais descendu, sous les Yoûtes de l'humble chapelle, sur des lèvres d'enfant plus pieuses et plus reconnaissantes, dans une âme mieux préparée à recevoir le divin Visiteur. Depuis, cette jeune fille demeura toujours pure, bonne et fervente chrétienne. Quelque chose de l'angélique douceur de Sabine semblait avoir passé dans son cœur et sur son visage, et nul, parmi les bons habitants du village, ne donna à la mémoire de sa bienfaitrice des larmes plus sincères et des regrets plus profonds.