‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 15 sur 116 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

laisser dans l'embarras, se les renvoyaient de l'une à l'autre , et faisaient quelquefois des échanges dont seules elles avaient le secret.

Mais si Sabine goûtait ces plaisirs innocents de la jeunesse, elle ne se laissait jamais entraîner ni même distraire par eux de la pensée supéheure qui dominait sa vie. Voici le témoignage que lui rend l'amie que j'ai déjà citée, et qui, plus que tout autre, était à même de la juger :

« Rien de ce qui nous enchantait et nous

captivait ne l'obtenait tout entière, ni les jeux dans notre enfance, ni plus tard le monde et ses plaisirs. Elle y allait comme par devoir, sans souci de plaire, de briller par quoi que ce soit. Je ne crois pas qu'elle ait jamais perdu le sentiment de la présence de Dieu dans ce que nous appelions le bal le plus amusant. C'est la pure vérité, et rien ne m'a moins étonnée que de revoir plus tard, couvert d'un voile religieux, ce front qui avait porté des fleurs avec tant de simplicité, d'oubli de soi-même, j'oserais dire avec tant d'édification »

La jeunesse de ma sœur, quoique toute pure et lumineuse, ne fut pas exempte d'épreuves. Toutes les existences, tous les âges ont leurs om bres, et les périodes de la vie qu'on appelle heu reuses, sont celles où les ombres ne sont pas

assez fortes pour étouffer tous les rayons. Sabine eut, dès son enfance, la vue très-délicate : elle dut subir plus d'une fois des traitements pénibles, et, quoique rien ne fît prévoir alors la gravité que ce mal devait prendre plus tard, il fut pour elle une cause précoce de préoccupations et d'ennuis. Notre bonne mère, qui fut toujours le centre et l'âme de sa nombreuse famille, fut atteinte d'une maladie cruelle qui pendant plusieurs années menaça sa vie, et ne cessa que vers l'époque où ses filles commencèrent à aller dans le monde.

Enfin, vers cette même époque, Sabine vit pour la première fois mourir des personnes qui lui étaient chères. Au mois de janvier i847, sa grand'mère paternelle, la comtesse de Ségur, arrière-petite-fille du chancelier d'Aguesseau, quitta ce monde après de longues souffrances pieusement supportées. Son dernier mot fut plein d'humilité chrétienne. Son petit-fils lui disait pour l'encourager à la mort : « Eh bien 1 ma mère, vous allez donc voir le bon Dieu! • Elle répondit doucement : « Je l'espère, mais je n'en suis pas digne! » La même année, au mois d'août, les deux sœurs jumelles virent mourir sous leurs yeux et dans leurs bras la bonne qui les avaitsoignées dès leur naissance, qui ne les

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