‹ Sabine de Ségur, en religion sur Jeanne-FrançoiseChapitre 17 sur 116 · CHAPITRE DEUXIÈME 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME 3i

dans la politique : l'air semblait plus léger et plus pur, comme à la suite d'un violent orage. On eût dit que Dieu voulût faire participer la nature au calme des événements. Les jours étaient splendides et les nuits lumineuses.

Tous les soirs, pendant les mois de juillet et d'août, nous allions nous égarer, au hasard de la promenade, dans les grandes plaines qui entourent le parc des Nouettes. De ce plateau nous dominions toute la contrée, et nous contemplions avec une inépuisable admiration le coucher du soleil, toujours le même et toujours nouveau. Étendus sur l'herbe dans nos belles prairies normandes, nous devisions de toutes choses, tantôt sérieux et mélancoliques comme la beauté tombante du soir, plus souvent gais et rieurs. Nous chantions, nous récitions des vers, et là comme partout, Sabine apportait son large contin gent de gaieté et de joie sereine. Puis, quand l'ombre des haies, couvrant toute la prairie, nous avertissait que le soir allait faire place à la nuit, nous regagnions paisiblement la maison, et nous refaisions, à la clarté des étoiles et de la lune naissante, le chemin que nous avions fait aux derniers feux du soleil.

A vingt ans de distance, ces soirées m'apparaissent encore comme une des joies les plus

St SABINE DE SËGUR

pures de ma vie, et depuis que ma sœur a quitté la terre pour le paradis, son image se mêle plus vivante que jamais à ces souvenirs, et domine tous les autres, comme celle d'un ange qui répandait sur nous la paix, la joie et la sérénité des choses divines.

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